Présentation d'artistes d'ailleurs en Provence

Berlin, 2007
Berlin, 2007

 

 

thaddeusradell.com/ 


NAISSANCE D'UNE SYMBIOSE : THÉÂTRE PEINTURE

 

Au coeur de la nuit, le 28 novembre 1992, dans une grange transfigurée de la plaine de Bonnieux, un artiste-peintre Thaddeus RADELL a fêté le coup de grâce, d'un projet de longue haleine. Dans une atmosphère singulière, il nous a présenté une peinture scénique destinée à la création "Fieda's flight" de la compagnie Quarks basé à Paris.

Une compagnie insolite, dirigée par Lee DELONG, qui a su allier des gens de théâtre, des musiciens et des artistes tels que Thaddeus RADELL, Martha SHEARER, sculpteur et Ulf STAKLIN, ingénieur en électronique. Lee DELONG, metteur en scène et actrice, a mis l'accent dans sa compagnie sur le métissage des identités et des cultures, en créant un esprit nouveau. Un langage gestuel avant-gardiste centré sur des thématiques d'actualité.

 

Gaiement, des personnages ont interprété au son grivois de l'accordéon des saynettes de l'univers de Frieda, devant un défilé de tableaux, à un rythme cadencé. Sous le regard admiratif du public, une heure s'est effiloché en un temps, trois mouvements. Cette scène s'apparentait à l'atmosphère des cafés parisiens et des ateliers bohèmes du siècle dernier.

 

Au final, une réalisation qui n'a eu qu'une durée éphémère pour l'artiste, sur une toile de plusieurs mètres, sont présentées les aventures scénarisées de la vie de Frieda. Une oeuvre inhabituelle pour l'artiste, qui a s'adapter sur des plans plats restreignant les volumes. Il affirme: " Tu sais, en un seul geste, il faut suggérer un monde qui doit être vu par le spectateur en un clin d'oeil et de loin".

Thaddeus RADELL a pris refuge dans cet atelier, qu'il a métamorphosé, il y a trois ans à peine. Un parcours digne d'un peintre, couronné par une exposition de référence l'été 1991 à la "Tour des cardinaux à L'Isle-sur-Sorgue", galerie de renom. Cet automne 1992, il enseigne la peinture à "Lacoste school of arts" à des étudiants américains.

 

Une expérience qu'il traduit dans un langage propre, semblable à une catharsis qui se déploie aisément dans son oeuvre. Cette approche scénique de la peinture acrylique, a inspiré une autre approche de sa peinture. Là, où la lumière s'imposait, l'imagination était illimitée, c'était presque la rhétorique inverse de son travail. Lee DELONG, a su libérer un souffle de liberté et de renouveau, un changement qui le transforme de manière évolutive.

Ce projet n'est que l'ébauche d'une relation entre ces deux artistes, qui programment dès à présent une autre création qu'ils ne tarderont pas à révéler prochainement.

 

Corinne PAQUIN

Le PROVENCAL, mardi 05 janvier 1993

 

L'OMBRE DU MARQUIS DANS SES PIERRES

 

 

Ici ou là gisent des murs, des blocs de pierre, la roche calcaire a son caractère, ses silhouettes asymétriques. A Lacoste, on vit, on pense pierre. Cet univers singulier, a envoûté une artiste-sculpteur Néerlandaise, Ans HEY, qui vit dans le Luberon, dans le village depuis la fin des années 50.

 

Son destin a guidé ses pas à Lacoste, chaque année elle revenait avec le même engouement, elle a vécu dans toutes les maisons du village, on pourrait presque dire qu'elle a laissé ses empreintes dans les murs.

Elle achète "Peyre Fiot", pierre à feu en provençal, dans les années 70, un terrain sur la roche. Elle y construit une maison, une tanière où elle se retire à l'écart du monde, source d'inspiration de son travail sur la matière, sur la pierre de Lacoste.

 

Professeur de dessin à l'Académie d'Amsterdam pendant près de 25 ans, ce travail d'enseignement structure et prépare son oeuvre créatrice. Cette terre de contrastes cristallise son énergie, elle compare les courbes du Luberon à une femme endormie, dans un mouvement érotique. L'une de ses oeuvres maîtresses s'intitule "Luberon" (1986), une série de sculptures sur marbre de carrare, qui traduit cette perception sensuelle de la montagne et de ses paysages.

 

Ce territoire ancré dans la roche, né d'une architecture déstructurée de ses carrières, obsède et symbolise son oeuvre. Elle nourrit depuis toujours un amour passionnel pour ce village, l'ombre du divin marquis de SADE et l'âme de ses villageois. Dans un élan chaleureux, elle crée une association "Peyre Fiot", qui portera ses projets et ses productions artistiques ultérieures.

 

En hommage au Marquis et aux Lacostois, elle présente la première semaine du mois d'août, devant le château de Lacoste, un spectacle vivant qui exalte la lutte de l'homme contre la terre-mère. Le décor, sept piliers de pierre réalisés par Ans HEY, incarnent l'érotisme, la force, la sensibilité, la passion, l'intelligence, l'intuition de la femme et la puissance immatérielle de la terre. Un danseur Mi TANAKA interprète la force de l'homme, il livre un combat contre les pierres, s'y enferme dans un jeu de séduction charnel, pour s'immortaliser dans la pierre à son tour. Une chorégraphie contemporaine signée d'une musique originale de Iamis XENAKIS et bien d'autres artistes.

Ce spectacle ouvre la porte à des ateliers d'artistes du village et à une représentation théâtrale, l'esprit de fête demeure dans les jours à venir.

Je vous demande d'être attentif aux prochains murmures du marquis et de ses pierres...

 

Corinne PAQUIN

Le PROVENCAL, 31 juillet 1993