blog de l'atelier de l'encre nue

Femme nue
George Braque

 

Un son bleu détourne le désordre des mots d'amour,

d'une larme d'airain.

 

 

Une blogueuse supplémentaire sur la toile, au dernier creux de l'hiver 2012...

 

Qui suis-je ? Une quadra, néoparisienne, sans le moindre doute je me comporte comme une amoureuse de la vie, dans toute sa fragilité et son élégance intemporelle. Je décode l'insolence de la modernité, les vertiges du coeur et de l'insouciance aux heures perdues. Je signe des billets sur les rumeurs et les flagrances d'itinéraires urbains, dont vous et moi sommes témoins.

En quête de détours de l'ironie des quotidiens, je renoue un dialogue entre les espaces de la ville, l'air du temps et l'instant qui court sans penser à demain.

 

Des clichés photographiques racontent l'urbanité dans une autre émotion, un autre langage.

 

Corinne Paquin-Correggio

ANNEE 2016

ANNEE 2015


St Georges L'insoumise

 

37, rue St Georges, ce fut notre précédent lieu de vie, un appartenant lumineux et bruyant au coeur du 9e arrondissement. Il transpirait la vie du quartier, situé à mi-chemin entre Pigalle blanche et les grands magasins des grands boulevards. Une rue embellie par des façades blanches ornées de fenêtres persiennes et de belles portes cochères de couleurs vives. La nôtre était peinte en bleu provençal, en aval de la rue.

Nous vivions à deux pas d'un pub irlandais le "play off", où nous aimions siroter une pression blonde ou ambrée, accoudés au comptoir ou perchés sur des tabourets. Un rituel de fin de semaine que nous pratiquions avec un brin de fantaisie et d'humour.

 

 St Georges se dessine dans le sens de la pente, bordée de trottoirs bétonnés, les passants s'y alignent en rangs d'oignons à un rythme effréné au quotidien. Les cafés chaleureux aux allures feutrées des bobos, s'avèrent aussi variés que les élus de ce quartier, ils trônent en maîtres des lieux. 

 

J'aime toujours flâner dans ce dédale de rues sans rechercher une destination choisie qu'elle que soit la saison. Mais au printemps la lumière sculpte les surfaces d'ombres striées jamais de la même manière, c'est un festival d'ombres chinoises à inventer, à répertorier su ces murs de pierre.

 

Corinne PC, le 3 mai 2015


Caprices d'avril

 

Cette nuit la lune gibbeuse croissante semble rejoindre la prochaine pleine lune au coeur de la nuit. La ronde printanière s'accélère, les cerisiers du Japon tapissent de pétales roses des racines de la terre et du ciel sans finitude.

Une ode estivale aux nocturnes de Chopin, un murmure doux et sonore qui invite à la reverie des noctambules parisiens.

 

Corinne PC, le 28 avril 2015

Songe d'hiver

 

Février, c'est le mois des flocons, même si cette année ils jouent la belle absente dans la capitale. L'hiver est tout de même au rendez-vous, le givre revêt les feuilles brunies des sentiers aux abords des portes de Paris, la température ressentie glace les mains de rougeurs et les yeux de larmes presque opaques. Les arbres teintés de pourpre racontent le froid de par leur nudité apparente. Les bords de Seine aux allures longilignes filtrent les rares rayons du soleil blanc.

 

Et pourtant, les perce-neiges sont les premières à donner le ton dans les sous-bois à l'abri des regards, leurs clochettes blanches illuminent l'herbe grasse. Les jonquilles bourgeonnent, les feuilles font apparaître des rondeurs qui vont rechercher l'éclosion dans les jours à venir. Les jacinthes se colorent en douceur, de violet, de rose, de bleu lavande, elles nous livrent déjà une illusion printanière.

 

CPC, le 22 février 2015

ANNEE 2014

Rue St Maur de l’intérieur


La rue St Maur, je la serpente ce matin, l'esprit rêveur, elle me montre le chemin sans la moindre hésitation. Elle sait où je vais, mais elle ignore que c'est ma dernière journée dans une école de travail social. Sa silhouette aux façades de pierre définit une tonalité singulière. La nudité de la brume dessine ses contours, ses rues qui la traversent sans jamais la trahir.  Ce matin, la vacuité du vide enveloppe mon cœur en émoi et le quartier au réveil, seuls les troquets chantent l’ivresse des assoiffés des premières heures du jour.

 

C'est une sensation étrange de suivre cet itinéraire habituel en sachant qu'il signe un dernier trajet avec cette intention là, d’un trajet maison-boulot, qui ne sera plus. C’est mon choix, toutefois je suis habitée par le doute et l’incertitude de ce que je laisse derrière moi…

CPC, le 15 décembre 2014 


Au delà de la saison...

 

Septembre laisse derrière lui la saison d'été des nuits étoilées d'insouciance. L'ivresse des journées qui s'étirent sans fin, où grillons et cigales sifflent des hauteurs de la garrigue du petit Luberon. Un, deux, trois et les martinets irradient le ciel d'un nuage sombre aux contours mouvants. Un rythme qui invite à la rêverie et l'absence des jours anciens.

 

Une Provence égarée, sur le bitume des rues du 11e, la chaleur et le ciel provençal demeurent les clés de voûte d'un automne qui attend encore à la porte. Que la légèreté des jours d'été guident le quotidien de ce mois qui nous quitte.

Sans regret ni nostalgie, ces mots sont  imprononçables, je ne sais plus pourquoi.

 

Paris, le 25 septembre 2014


JUILLET, AOUT 2014

 

Pendant les mois de juillet et août, je vous invite également à une trève estivale...

Cette année ce sont les routes de l'Andalousie et de la Provence  (eh oui encore, on ne s'en lasse pas, c'est ma terre de coeur ....) qui vont déterminer mes pas et mes rêves....

Au mois de septembre prochain....

Corinne Paquin -Correggio

 

 


 

Cimetières...

 

J'adore les cimetières parisiens, plus particulièrement le Père Lachaise, j'aime y errer sans m'attarder, oser un rythme lent dans les allées et les contre-allées, regarder sans voix les tombeaux, les tombes anciennes qui se disputent la place. Certaines sont penchées, presque couchées sur leurs voisines, sont-elles destabilisées par les ravages du temps et l'inclinaison de la butte. Elles racontent une histoire. Par dessus tout, j'adore les fleurs, le lierre, les fleurs sauvages qui renaissent au printemps de toutes parts, naturellement, dans des pots rouillés et cassés.

 

Pourtant, paradoxalement, le trou noir qui va nous ensevelir à la fin, m'effraie. L'image de ce trou creusé pour un être cher, un être aimé,  que l'on voit disparaître soudainement, brutalement dedans, m'est insupportable. Réduire nos corps, aussi vils soient-ils, à ce trou sombre, immonde et terreux, habité par les scorpions, les rats, les vers et autres bestioles en gestation, m'est insupportable. Imaginez-vous ce monde souterrain avide de cette nouvelle chair en pâture, disponible et sans défense. Celle de ceux et celles que vous aimez...

 

Je mourrai autrement, je préfère mille fois la réduction en cendres, à répandre sur une terre que j'aime, en Provence ou ailleurs. Et vous ?

 

Paris, le 06 mai 2014

 

 

En vélib' au bois de Vincennes

 

La piste cyclable du boulevard de Charonne vers le bois de Vincennes s'avère une belle ballade urbaine. La piste traverse des grandes avenues puis serpente dans des ruelles aux passages arborés, avant d'atteindre les voies de contournement du bois. Nos filles, Toscane et Solène zigzaguent en pédalant sur la voie libre et rient d'une humeur passagère, l'air est frais et léger comme leur sourire. Sommes-nous troublées par un ciel qui cherche en permanence à se dégager des masses de cumulus qui tournoient sur la ville ? Eh bien non, les averses ont décidé de nous éviter, belle aubaine...

 

Après un itinéraire dans les bois, nous abandonnons nos vélibs à une station pour rejoindre le lac Daumesnil, c'est une après-midi sportive entre filles. A partir du lac, en barque, les berges apparaissent d'un vert tendre, les saules et les châtaigniers ont retrouvé leur parure, les prunus sont en pleine floraison, les pelouses sont parsemées de marguerites, d'iris, il suffit d'humer pour nommer le printemps. C'est la saison des œufs à couver pour les cygnes, les canardeaux sont déjà nés, les paons perpétuent leurs éternelles roues endiablées pour séduire les femelles. Le bois, sa flore et sa faune sont en effervescence....

 

Le soleil redonne de l'énergie aux rameuses toujours rieuses, nous parcourons l'étendue du lac, en passant sous le pont, en longeant les rives, en faisant tituber la barque au gré des rames. Dans la quiétude du lieu, nous partageons ce moment  singulier, tendrement à la veille du mois de mai.

Paris, le 28 avril 2014    

                                                                          

 

Saveurs dédoublées de plaisir…

 

Ma fille Solène m'a ouvert la voie depuis quelques mois, elle pousse facilement la porte de ces nouveaux salons de thé, aux devantures rose bonbon, vert amande ou abricot. Elles affichent un florilège de cupcakes au glaçage cannelé et coloré, une vraie fenêtre sur le paradis des bouchées gourmandes ou des gâtelets.  

 

En deux mots, ce sont donc des cakes parfumés surmontés de leur crème, mousse, ganache ou glaçage, des plus fantaisistes au plus classiques et d'un topping au caramel, d'une meringue, de pralins, ou encore de petits bonbons en tout genre. Ils s'accompagnent d'un thé vert ou d'une boisson fraîche en fonction de la saison. Un cupcake ne suffira certainement pas à rassasier votre appétit, rajoutez aisément un multiple de 2 pour les plus gourmets.

 

L'art des cupcakes, c'est le règne des associations détonantes, qui vous laisse un souvenir gustatif inoubliable, passant du moelleux à l'onctuosité d'une crème fondante dans la bouche. Solène aime les cupcakes au chocolat blanc doublé d'une crème praliné et d'un topping bonbon. De mon coté, j'ai un petit faible pour les parfums pistache framboise ou spéculos praline, qui marient le sucré-amer.

Je vous invite donc à une dégustation de fabrication artisanale et originale, aux quatre coins de Paris, au regard de vos quartiers préférés. Je retiendrai une adresse pour vous, plus particulièrement dans le 9ème, Chez Chloé'S au 40, rue Jean-Baptiste Pigalle, à vous de voir et de tenter l'expérimentation....       

Paris, le 23 mars 2014

 

 

 

Elan printanier

 

Jonquilles, primevères, crocus tapissent les pelouses en ce mois de mars lumineux, les cerisiers sont également blancs de flocons parfumés, un émerveillement pour ceux et celles qui flânent dans les parcs et jardins parisiens et ailleurs. Le ciel a congédié les nuages au nord de l'Europe, aux quatre vents, pour ne plus les revoir de quelques jours. L'euphorie et le pétillement illuminent les visages des promeneurs et des pique-niqueurs au large des bords de Seine, et en amont du canal de St Martin, au port de Plaisance de Bastille.

  

Les terrasses de café de la cité, de la place du Chatelet regorgent d'habitués et d'amateurs de soleil, le sourire et le regard pointés vers l'horizon invariablement bleu. Des jeunes femmes dénudent leurs jambes et leur bustier s'insinue légèrement voilé, elles libèrent leurs corps, membre après membre de l'enfermement des lainages de l'hiver, pour celles qui osent. D'autres défilent pour la journée de la femme, "Toutes en moto", en pantalon de cuir, en jean ou en jupe volantée, une myriade de couleurs et de styles de motardes longent l'avenue Rivoli en pétaradant.

 

 V'la le printemps...

      Paris, le 09 mars 2014    

 

Un chapeau de paille d'Italie

 

Le théâtre de l'absurde et du genre comique d'Eugène Labiche revient régulièrement à la Comédie française, soit dix sept pièces de son répertoire sont interprétées par des mises en scène très variées depuis 1864.  Cette année il est remit au goût du jour, par Girorgio Barberio Corsetti dans la pièce "Un chapeau de paille en Italie".

Fadinard le jour de ses noces, poursuit inlassablement un chapeau de paille dans une série de péripéties burlesques, où les situations s’emboitent sans jamais vraiment dévoiler les duperies et les tromperies des uns et des autres. Les décors défilent comme des tableaux vivants à partir d’objets rituels : des chaises, une étagère, un fauteuil et un canapé qui virevoltent pour transformer l’atmosphère dans un mouvement perpétuel. Les rouages d’une mécanique qui génèrent un dialogue entre les comédiens et le public.

 

Un Vaudeville revisité à partir des clichés des années « seventies », qui se joue de la convention bourgeoise du trio mari, femme et amant. Le spectateur se délecte d’une suite de quiproquos drôles frôlant le cynisme, où il navigue entre le rire et l’inquiétude, face à cette quête éperdue d’un chapeau enfermé dans son étui, retrouvé sur la dernière scène. Coup de chapeau poétique...


Paris, le 26 février 2014

ANNEE 2013

L'incertitude de Novembre

 

Un rideau de pluie irradie l'horizon simultanément et voilà en un clin d'oeil une ronde de parapluies de couleur qui se croisent sans se mouvoir, donnant ainsi une tonalité étrange à la ville, un mouvement désarticulé de ces hommes et ces femmes empressés, dans une course folle, qui ne se détournent point de leur trajectoire.

 

L'arôme du bitume après la pluie signe la sauvagerie de l'automne, dans les rues pavées de Paris. Le ciel délavé grelotte encore après la dernière averse de la journée, pas le moindre coup de tonerre pour autant. Novembre sonne incertain, il se situe entre l'ombre et la lumière de la saisonalité, entre le vertige des ondées passagères et la pâleur blanchâtre du ciel.

Un cliché noir et blanc, sur papier mordoré.

 

      Paris, le 17 novembre  2013

 Nathalie Joly,

En v'la une drôle d'affaire

 

Nathalie joly interprète avec gourmandise l'univers fascinant d'une féministe avant-gardiste, celui d'Yvette Guilbert, une artiste qui débute dans les cafés concert parisiens des années 1900, avant de parcourir le monde au rythme de sa voix. Cette comédienne, une diva au buste gracile, à la gestuelle sensuelle invente le "parlé chanté". Elle propose un répertoire de chansons au ton libre et cynique, en jouant des personnages débridés.

 

Nathalie Joly se fond dans l'identité de ses personnages, en soulignant les mimiques, les déhanchemants d'une égérie piquante, sur une scène dépouillée d'artifices. Un pianiste Jean-Pierre Gesbert, pince sans rire, se dédouble, dans un jeu à deux voix, il amplifie l'ambivalence des scènes qu'elle explore de sa voix puissante et pure. L'empire de la nuit se démasque derrière un paravent, il sépare le monde du conte et de la réalité, en nous délectant d'ombres chinoises.

 

Précipitez-vous donc au Lucernaire,  jusqu'au 03 novembre pour une soirée d'ivresse et de chant...

      Paris, le 12 octobre  2013

 

Dans le bois,

Premières sensations d'octobre...

 

Un quinqua et une quadra courant à l'aveuglette dans les sentiers et les contre allées du Bois de Vincennes, ce n'est pas hors du commun, un dimanche matin. Mais aujourd'hui, après la Nuit blanche parisienne, la matinée s'est décalée et la course, de fait, également. Ce fut donc à l'heure du déjeuner que nous avons décidé de piétiner le sol moelleux de ces grands espaces, dans le silence des bois, en l'absence de promeneurs et de coureurs.

 

D'une foulée régulière et presque légère, nous avons contourné des passages enserrés par des chênes blancs, des cèdres et des ormeaux en enfilade, les yeux tournés vers ces rameaux croisés. Nous respirions les senteurs des feuilles de marronniers séchés, d'humus tiédi par le soleil, dissipant dans les affres de l'oubli une semaine tumultueuse et ordonnée par les contraintes d'un calendrier improbable. L'existence est faite de discontinuités, l'inattendu surgit  parfois de l'instant.

 

Suivre à deux le cours d'eau bordés de passerelles aux poutrelles en bois, à l'écoute du ruissellement, dans un tempo à quatre temps. Aux portes de la ville de Charenton le Pont, comment dirais-je, ce fût un cri de délivrance, une émotion semblable à un tremblement de terre interne, sans écho sonore. 

      Paris, le 06 octobre  2013

St Maur

la singulière

 

Elle signe sa particularité dans sa longueur, sinueuse sans vraiment l'être, elle livre un quotidien brut d'humanité, une série d'évènements aux passants du matin. Elle arpente un labyrinthe de ruelles, de droite à gauche, en multipliant des lignes à la verticale. Parfois même, elle s'engouffre dans des rues fermées aux allées discrètement arborées de bambous et de ficus en pot, elles incarnent une vague idée de la campagne urbaine.

 

On y croise des enfants d'écoles laïques ou confessionnelles, les longues jupes bleu marine, les collants blancs et les chaussures arrondies osent les trahir. Les pas des parents, des arpenteurs de la rue se précipitent dans tous les sens, mais chacun suit sa route. Ce sont les premiers pleurs, ou les premiers soupirs des résistances précoces, celles du chemin de l'école, du travail pour d'autres, qui se manifestent sans égard, dans le décor des choses de la vie.

 

La vie s'invente à chaque coin de la rue St Maur, les bistrots, se nourissent des instantanés des quartiers qui s'emboîtent tout en s'ignorant. Les habitués accoudés au comptoir ou au bord du trottoir racontent leurs brèves, la cigarette déjà bien embrasée de cendres en décomposition à l'embrasure des lèvres. La nuit et le jour désarticulent des mouvements, à cette heure du jour, les êtres se font et se défont dans une ronde au lendemain incertain.

      Paris, le 03 octobre  2013

 

JUILLET, AOUT & SEPTEMBRE 2013

 

Pendant les mois de juillet et août, une pause estivale s'impose...

Cette année ce sont les routes de l'Irlande, de Provence et de Toscane  (eh oui encore, on ne s'en lasse pas ....) qui vont détourner nos pensées vers de nouveaux horizons.

Au mois d'octobre prochain....

Corinne Paquin -Correggio

 

 

 

 Visite impromptue

 

Au fond de l'appartement, derrière une porte fenêtre, nous disposons d'une cour de pierres et de béton, ornée de pots de fleurs et de plantes aromatiques provençales. Trainant nos pieds dans une inertie presque printanière, nous déjeunons à l'heure où la cour baigne dans la lumière d'un soleil parisien encore timide. Le regard perdu dans l'espace d'un ciel bleu méditerannée, le plafond d'une intimité suspendue au dessus de nos têtes, nous bavardons l'air de rien, dans le plaisir d'être ensemble.

 

Entre deux bouchées de tarte à la tomate, Patrick m'interpelle et me dit :

Regarde discrètement derrière toi, quelqu'un semble s'interresser à notre environnement de plus près.

 

D'un mouvement rotatif, sans le moindre pli d'etoffe, je regarde et j'entrevois une petite frimousse aux pupilles dilatées et une longue queue poilue sur le rebord du muret. Elle se suspend au mur puis revient subitement sur le bord du muret, apeurée et presque essoufflée, en se cachant la tête. En quelques minutes, elle ne cesse de faire des aller-retour sur les quelques centimètres de la paroi, en cherchant des accroches à partir de ses griffes peu adaptées à la pierre friable. 

Une fouine martre rôde par là, d'où vient-elle ?

Quelques heures à la dérobée dans la cour pour enfin disparaître et ne plus revenir parmi nous.

 

      Paris, 1er mai 2013

 

      La voix éraillée du printemps


Ces derniers jours, la danse de la métamorphose s'intensifie d'un vert bouteille au vert anis sur la scène des paysages, des places arborées et des jardins de la ville ; j'en oublie le bitume et le béton. Les platanes renouent étroitement leurs branches d'un feuillage en étoile.

 

Les jonquilles, les tulipes, les pâquerettes tapissent les sols de couleurs vives et des flagrances de saison, elles ravivent en chacun de nous un "nez" en éveil. Que dire des amandiers et des cerisiers du japon, en proie à l'abondance de leurs bourgeons, gorgés de parfums frais. Ils nous racontent le printemps en rose et blanc.

 

Un mois d'avril instable, tantôt gris, tantôt tout en lumière, il se réduit à un mutisme de variations impénétrables, serait-ce le climat d'une aube printanière ? Dans le ciel bleu turquoise de passage, flânent des mouettes et des étourneaux au delà de l'épaisseur d'une journée tempérée. Avant qu'il ne pleuve, le ciel a ouvert une fenêtre....

 

Paris, le 22 avril 2013

 

 


 

 

 Bach Flamenco

 

La scène minimaliste du théâtre Akteon dans le 11e accueille les samedis et dimanches à 18h00, jusqu'au 21 avril prochain, un duo d'artistes : Véronica Vallecillo chorégraphe danseuse flamenca et Sylvain Bernert violoncelliste ; deux univers qui osent bousculer nos repères temporels et musicaux.

 

Les suites pour violoncelle de J.S. Bach vibrent au tempo des palmas, d'un corps envoûté par la gestuelle verticale flamenca. En robe noire volantée de dentelles, elle ouvre l'espace de la scène, les mains et les doigts tournés vers le toit du monde ; Elle signe des variations dont elle a le secret, qu'elle rythme de pas aux volutes sonores. Les sarabandes, menuets et gavottes interprétées avec virtuosité unissent les cordes de l'instrument au creux de l'oreille et aux ondulations invariablement féminines de la danse flamenca. Un désaccord réinventé dans un esprit contemporain.

 

L'intimité de ce lieu révèle la rencontre partagée entre deux langages, qui se cherchent, s'opposent et se recomposent dans une quête de pureté et de sensualité, à fleur de peau.

 

Paris, le 31 mars 2013

 

 

 

 

 

Liberté d'un retour

 

Ce soir en rentrant, les platanes taillés à coup de serpe du boulevard de Charonne s'embourbaient d'un rose carmin, au déclin du jour. Leurs silhouettes en stilettos en disaient long de la lumière du jour, encore très présente ; les passants prolongeaient la ballade du retour chez soi, en cillant du regard l'étendue du ciel. Ils semblaient habités d'une gaité irationnelle.

 

Un hymne aux premières volutes, celles qui déchiffrent une promesse dans l'air, celles de la luminosité des jours plus longs à vivre. Les trilles d'oiseaux réinventent une mélodie en retenant leur dernier souffle, sans s'alanguir, elles rejoignent l'azur du ciel, en trombe.

Insouciante, le front lisse, je me livre à l'exubérance d'une sensation printanière...

 

Paris, le 04 mars 2013

 

 

Les Catacombes

 

Une visite quelque peu surprenante dans les anciennes carrières de calcaire de la ville de Paris, au lieu dit "Tombe-Issoire", où chaque pas semble attendre une sentence de la fragilité de la vie humaine, de la nôtre également. Des traces d'outillage rouges et noires sur les plafonds de roche guident la trajectoire dans un labyrinthe de galeries empierrées. Nous parcourons près de 2 km sous terre dans un quadrilatère de rues, partant en surface de l'avenue René Coty, les rues Hallé, Dareau et d'Allembert.

 

On y découvre même des sculptures creusées dans la paroi, d'un carrier Décure présentant une maquette de la forteresse de Port-Mahon, un vétéran des armées de Louis XV. Un parcours presque serein, parsemé d'épigraphes sur les murs, avant de franchir la porte d'entrée de l'ossuaire. Un linteau invite le passager à lire l'alexandrin suivant, gravé en lettres noires "Arrête, c'est ici l'empire de la mort".

 

Et là, s'amoncelle dans une succession d'allées, des crânes et des os longs ordonnés de manière presque ornementale, des rangées linéaires se suivent et se ressemblent. Depuis la fin du XVIIIe, ce lieu recueille les ossements des cimetières de Paris, une impressionnante collection, à faire trembler nos morts de leurs tombes. Des citations de poètes rappellent la bassesse de notre règne ici-bas, d'un réalisme détonnant, où résonne encore dans nos crânes bien vivants les mots lus à voix haute, par ma fille, non sans déléctation...  

 

Paris, le 28 février 2013

 

 

 

Vacances en trompe l'œil

 

Une semaine parisienne qui s'aligne au rythme provençal.

Nous sommes parents de quatre enfants issus de fratries différentes, des fratries recomposées depuis près d'une décennie, le temps n'a de cesse de nous répéter qu'il ne s'attarde pas. Nous sommes donc, un sextet démasqué, sans clé de sol, départagé entre la vie de deux collégiennes et d'un lycéen dans le Sud-est et le métro-boulot-dodo parisien, d'un futur bachelier et de notre duo amoureux.

 

Ce sont les vacances en famille, vous connaissez tous ça, si vous avez des enfants... Des ballades citadines qui visent à détrôner les écrans tactiles et à partager des moments de curiosité et de complicité, au gré de leurs envies. Un après-midi instructif à la cité des sciences, à la pêche de nouveaux savoirs de l'imagerie médicale sur le fonctionnement du corps humain vu de l'intérieur, de la fabrication des futurs textiles, une panoplie d'expositions sur les technologies de demain. Puis, se laisser envoûter par un documentaire à la Géode "Born to be wild" sur l'adoption des singes au Kenya et des éléphanteaux en Indonésie. Un bain visuel et sonore aux quatre coins du monde, avant de repartir en tram, une visite au déclin du jour d'un Paris inconnu.

 

Les adolescents ont toujours faim dans l'après-midi, il faut au moins envisager une fois, un détour au paradis des gourmands "Starbucks Opéra” le plus « it » de tous, pour une dégustation d'un chocolat viennois, d’un muffin au caramel, ou d’une série de trois pancakes au sirop d'érable. Puis s'adonner à un après-midi Shopping, la semaine de la fashion week parisienne ne s'ignore pas d'un revers de la main, nous prenons donc le pas des Grands magasins, Uniqlo, H&M, les enseignes préférées de nos enfants. Enfin s’impose pour ces amateurs d’images, pas encore cinéphiles, une pause cinéma sur écran géant, cette semaine à l’unanimité ils choisissent "La vraie vie des profs" ; à croire que collège et lycée leur manquent déjà... 

       

Paris, le 26 février 2013

 

Promenade Plantée

 

C'est devenu un de nos rituels de ballade de néoparisiens, depuis près de trois ans. Quel que soit la saison et la texture du ciel, la coulée verte nous invite à redécouvrir le 12ème, sur les fortifications de l'ancienne voie ferrée. A partir de Bastille l'ancienne gare terminus, nous longeons les contre-allées arborées jusqu'au jardin de Reuilly, d'un pas de marcheur, en appréciant les avenues croisées de la ville à proximité, sans les nuisances.

 

Le viaduc des arts nous trace le chemin de la hauteur de ses arcades, sans nous raconter d'histoires, ce sont les passagers sans les rails, qui font vivre ce lieu insolite. En couple, en famille, en tribu ou solitaire, en chuchotant à demi-mots ou en maugréant des messages inaudibles à des interlocuteurs à distance, chacun habite cet espace urbain dans une singularité qui lui est propre. La ville appartient à ceux à celles qui l'aiment passionnément, dans tous leurs excès.

 

Paris, le 09 février 2013

 

 

Flamenco à Paname toujours et encore...

 

L'hiver sévit, la troupe de danseuses flamencas de Lib'Arte s'est resserrée, depuis le mois de janvier, nous ne sommes plus que 7 femmes aficionadas autour de Veronica Vallecillo. Les jeunes hommes ont poursuivi leur route ailleurs, c'est ainsi.

 

La rondeur des mouvements des bras et des doigts s'allège dans un esprit d'ensemble, on peut à présent distinguer une troupe qui avance pas à pas semblable à une houle, derrière la silhouette de Véronica. Les dix doigts des mains en l'air tournoyant comme des cylindres en mouvement. Les têtes tantôt à droite, tantôt à gauche, le regard franc planté devant soi, nous invite à nous amarrer à la verticalité du flamenco. La plainte musicale des guitares ébranle nos certitudes, qu’il faut parfois balayer d'un revers de main ou de palmas très frappées.

 

La dernière nouveauté le "Fandango de Huelva" enflamme nos corps dans une ronde où nous cherchons ensemble un rythme, pieds et mains en discordance. Tout doucement, le cerveau droit doit se laisser bâillonner et libérer le corps, un défi à relever dans les mois à venir. Pas si simple, je vous en conjure.

L’initiation est encore en germe, l'histoire ne fait que commencer...

 

Paris, le 25 janvier 2013

 

 

 

Un dimanche montagnard


Ce matin, Paris est lumineux, blanc et non plus gris. La quiétude de la ville s'entend de loin, l'avenue Philippe Auguste se plonge dans un mutisme inhabituel. Une des grandes avenues du quartier, du 11e. Quelques rares promeneurs et leurs enfants lancent des boules bien fermes, un sourire rieur aux lèvres en courant autour des arbres ou des voitures immobilisés dans un bloc uniforme. Il neige de gros flocons cotonneux, nos pas sont presque sourds sur les trottoirs qui se transforment au rythme cadensé de la marche.


Bonnets, gants, vestes fourrées, nous sommes tous habillés pour affronter ce froid vif et sans soleil. En remontant l'avenue, nous longeons tous les deux mains enlacées, les murailles du Père Lachaise, qui ont fermé leurs portes en pareilles circonstances. Le cimetierre nous offre une foule de branches d'ormes, de frênes et d'arbustes recouvertes d'une fine pellicule de neige, elles réinventent à elles-seules une vie intérieure à ce lieu de recueillement.

Et s'entrouve ainsi, la teneur d'un dimanche autrement...

 

Paris, le 20 janvier 2013

 

 

Dans le bois...

 

Les paons se nichent à la cime des ormes et des platanes du bois de Vincennes, ils nous regardent d'un air altier. J'ignore comment ils grimpent si haut. Le lac Daumesnil plonge nos regards dans un vert d'eau sans nuance. Une légère brume s'évapore de son lit, il fait presque froid ce dimanche matin. Mais nos deux corps sont bien échauffés après un deuxième grand tour, les foulées pénètrent le sol humide dans une régularité presque monastique. Le rythme a progressé, dix mois plus tard, mais il n'y a pas de quoi se pavaner pour autant...

 

La faune caquette devant cette étendue paisible, interpellant ainsi les différentes espèces qui cohabitent dans cette clairière aux frontières de la ville. Le ciel est opaque, les saules dénudés jettent leurs branches en transparence sur l'eau, laissant ainsi le passage aux poules d'eau et aux cygnes. Les mouettes, quant à elles, remontent la Seine et s'attardent ici depuis quelques semaines sur les berges et les barques de fortune, en observant scrupuleusement les promeneurs munis de pain et de graines. A chacun ses victuailles du jour...

On s'acclimate dans le spleen de la saison, en courant l'esprit libre des contraintes du poids du monde.

 

Paris, le 13 janvier 2013

      Hommage parisien à Edward HOOPER...

 

Les galeries nationales offrent une belle rétrospective des œuvres emblématiques et des premiers pas de l'artiste américain à Paris. Le promeneur prend la mesure au fil de l'exposition, de l'influence des peintres impressionnistes français, du cinéma et de la photographie dans ses premiers dessins d'un réalisme détonnant.

 

Son œuvre laisse derrière lui, une illustration revisitée du grand mythe américain. Mes premières impressions, soulignent une perception de l'ennui, de l'individualisme au delà d'une apparente simplicité. Il nous livre un art minimaliste objectivement dense des mutations sociales et de l'individu dans la société américaine de l'entre-deux-guerres. Les personnages au regard lointain habitent l'espace, les villes ou la solitude aride, des paysages nus. 

 

Une femme sensuelle porte une robe rouge très près du corps, elle toise l'horizon sans un mot, elle semble attendre un passant, non sans nonchalance à l'entrebâillement d'une porte. Ailleurs, trois personnes sur des chaises longues lézardent au soleil, dans une quiétude absolue, rien ne perturbe cette scène onirique. Chaque toile questionne en permanence le spectateur, traduit une sensation de la condition humaine, de l’Amérique des dernières décennies en quête d'une autre liberté désabusée, désaffublée du réel.


Une ode à la modernité contestée à sa manière, à découvrir avant le 28 janvier 2013

 

Paris, le 06 janvier 2013

 

ANNEE 2012

 

Festivités de noël

 

Un intermède hivernal en provence, le temps de parcourir les sentiers du Luberon en famille, de gambader dans la garrigue que j'aime toujours autant.

A l'année prochaine...

 

 

Nudité nocturne

 

Décembre, le mois qui célèbre les fêtes païennes et les fêtes religieuses, d'un continent à l'autre de la planète. Chaque tribu initie une nouvelle génération aux rituels festifs de la famille ou de la communauté, au gré de ses us et coutumes. Une manière de transmettre ses convictions les plus intimes, laissant derrière soi le sens d'une trajectoire à partager, de la gaité de la vie et de son contraire. Entre le néant et la lumière, il faut peut-être chercher ses pas.


Décembre, voit les villes s'éclairer de lucioles et de lanternes de couleurs aux motifs ludiques, aux heures perdues du jour. C'est un paysage de nuit recomposé de voix joyeuses et d'ivresse. Les grands magasins habillent leurs vitrines d'instants magiques et de personnages animés dans un esprit de fête. Comment résister à la tentation d'un champagne bien frais, aux bulles qui s'éclipsent délicatement dans nos gosiers, accompagné d'un macaron aux fruits des bois. Une idée gourmande de plus...


Décembre, c'est pourtant le mois le plus sombre de l'année, il éveille les réverbères d'un autre temps, celui de l'enfance et de ses fantômes.

 

Paris, Le 9 décembre 2012

 

 

Jardin citadin

 

Les orangers et les néfliers sont en sommeil en attendant la floraison prochaine, la cour de l'appartement est plus sombre, seules les feuilles luisent sans soleil.

Le gardenia bourgeonne, mais il fait déjà si froid que ses cônes semblent fermés depuis quelques semaines, sans espoir de voir renaître des pétales.

Les fougères n'ont pas encore bruni, elles dégagent des senteurs d'humus sans chanterelles.

Le pommier d'amour s'orne d'étoiles fleuries blanches et rêvet des boules orange, une oraison de la saison, sans l'ombre de Cupidon.

 

Les arbustes et les fleurs de jardin murmurent des épigrammes, à qui sait les entendre... 

 

Paris, le 25 novembre 2012

 

      L'aube de l'hiver 

 

Une constante dans la ville-bohème, les variations de saisons, avec ses teintes boréales, ses nuances de brumes et de crachins. Novembre s'exprime dans une intimité hivernale, les arbres encore fardés, commencent à se dépouiller de leurs habits de fête sur les berges de Seine. Le ciel, dans une singularité Baudelairienne est incapable de distinguer le début de la fin. Dans les avenues linéaires comment éviter un face à face avec les aspérités du réel, froid et humide.

 

J'aime renouer un dialogue intérieur entre ces paysages urbains évolutifs, les espaces culturels et soi, une vraie bouée de sauvetage à saisir. En tout et pour tout, je vous invite à négocier une entrée en douceur dans ce changement de mode, de lumière et de sensibilité. Privilégiez les soirées cinéma, les médiathèques, les cafés tendance et les théâtres entre amis, un chuchotement de plaisirs gourmands dans une sphère privée.

 

Vous auriez tort de vous en priver...

      Paris, le 18 novembre 2012

 


 

Les nouveaux mondes du chocolat

 

Avis aux papilles avides de gourmandises et de chocolats aussi colorés que gustatifs, un empire digne de Charlie et la chocolaterie. Les plus grands maîtres chocolatiers et patissiers parisiens vous invitent aux dégustations les plus inventives. De nombreux monuments gargantuesques des civilisations aztèques et mayas illustrent pour cette 18eme édition la créativité des chocolatiers des quatre continents. Aujourd'hui, c'est la journée des étoiles sur le podium "Choco démo".

 

Pier-Marie Le Moigno, maître patissier du Park Hyatt de Vendôme accomplit sous nos yeux une "Paille chocolat, mousse sabayon grand cru". Une association de saveurs sucrées, caramélisées et cacaotées : un palet de feuilleté chocolaté, dréssé d'une mousse au chocolat Sabayon et de pointes de crème anglaise glacée, avec une rondelle de feuille de chocolat d'un grand cru. Une bouchée tendrement onctueuse et croustillante, fondante et longue en bouche.

 

Le Viet nam, le Brésil, le Guatémala, le Gabon sont des révélateurs des nouveaux mondes du cacao, un salon privilégié pour découvrir ces petits producteurs aux ambitions des plus grands crus des fèves de cacao. Croquez à pleines dents leurs palets aux saveurs acidulées ou fruitées accompagné d'un expresso et de votre amoureux, le chocolat cela se partage au moins à deux, voire en famille...

 

Paris, le 2 novembre 2012

 

Flamenco à Paname…

 

Franchement, "Si quieres marcar el compas" littéralement marquer le rythme, invite tes amis à rejoindre les apprentis en herbe de Lib'Arte, de la rue Folie Regnault. Un quartier It, que l'on pourrait qualifier de bouillon de cultures au pluriel. Veronica Vallecillo, initie au flamenco le mercredi soir en "fragnol", dans une liberté langagière engageante. Scrupuleuse des règles de cet art musical et chorégraphique, elle en respecte la tonalité académique dans toute sa subtilité. De la douceur des mouvements des mains aux palmas, elle défie notre corps à habiter la terre, en libérant un rythme frappé ou chuchoté du bout des doigts. Une entrée en matière sensuelle de la musicalité flamenca...

 

Les premiers ateliers, le buste immortalisé, le regard droit devant, les membres cherchent à tâtons des racines dans le déséquilibre et la fragilité des pas de la droite vers la gauche. Un joyeux désordre bouillonne dans cet espace aux miroirs disjoints, dédoublant les silhouettes aux longues jupes évasées rouges et noires. Deux jeunes hommes ont rejoint la troupe, à la marge, mais bien présents. Les regards tournés vers Veronica, les pieds se soulèvent, en réinventant parfois le tempo de « saca el tapon », la volupté d’un saut de bouchon d'un grand cru. Dans cet univers sonore se termine le cours, le sourire aux lèvres, des gouttes de sueur perlant les visages, dans l'attente impatiente du prochain cours...

 

 Paris, le 20 octobre 2012

     « Géométrie en caoutchouc » à la Villette

 

Ce soir, avant de prolonger la soirée pour l'édition 2012 de  "Nuit blanche", le public assiste à un cirque d’un genre "nouveau" sur l’esplanade de la Villette. Sous la direction d’Aurélien BORY, une jeune troupe de 8 acrobates livre un univers onirique que chacun peut interpréter au rythme des pas et des sensations.

 

Devant nous, un chapiteau sur la scène où déambulent des couples de funambules, les mouvements se font et se défont dans une lenteur chorégraphique ubuesque. Une diffusion d’ombres chinoises glissent sur les parois du chapiteau, et le son semble dicter les contorsions des corps. Des personnages marionnettistes tirent les ficelles d'une extrémité à une autre.


Cet habitacle évolutif, dialogue avec les éléments, subit des ondulations chaotiques sous la pression des câbles, dans un jeu de mouvements saturés et clonés. Les voltigeurs symbolisent tantôt le monde animal, tantôt le monde humain dans une intemporalité dérangeante.

Une sensation étrange et pourtant cet espace aérien parle assez bien de notre rapport au monde, de la lutte, de la résistance nécessaire pour exister et être ensemble. Un détour inattendu des arts du cirque.

 

Paris, le 07 octobre 2012

 

 

 

Ciel feutré d'octobre
Ciel feutré d'octobre

Rondes de feuilles séchées

 

Les lumières se nuancent d'une teinte douce propice à la rêverie, se dessine au fil des jours l'atmosphère d'une saison versatile, qui entre en scène sans se cacher. Des nuages de corbeaux aux aboies, perchés sur les branches et les bancs du bois de Vincennes se nourrissent des boules de poils des platanes, en tribu. Des nuées d'oiseaux assombrissent la couleur du ciel, en croisant leurs trajectoires simultanément entre terre et ciel. Vertiges au pluriel.


L'étang plus limpide, s'étend d'une rive à l'autre, en suivant les traînées des cygnes et des canards, à cette heure matinale. A l'écart de la faune et des marcheurs, un héron cendré cherche pâture en solitaire, sous un saule pleureur.


Une page d’automne s’invite…

 

Paris, le 03 octobre 2012


Jeu de piste costumé

 

L’association “Les miroirs de l’âme” fête son 7ème anniversaire sur le Mont du martyre. Dans l'esprit des journées européennes du patrimoine, elle organise un jeu de piste costumé. Une cinquantaine de convives, autant de personnages d’un autre temps s’y croisent, Madame de Sévigné, Céline, Mary Poppin’s, un corsaire et ses matelots, des femmes d’orient, Cat woman, la fée aquatique, un couple de clowns, des indiennes et enfin, notre hôte la fée aux miroirs… D’inspiration historique, imaginaire ou romanesque, ces protagonistes racontent un rapport au monde d’un entre soi, destiné à révéler des faces cachées ou fantasmées.

 

Le top départ est lancé à 16h00 : A la croisée des rues de Duhesme, Marcadet, Francoeur et Ruisseau, quatre groupes de couleur différente, accompagnés d’un chef d’équipe jeune et motivé, s'enfuient en troupe pour quelques heures, à l'affût des lieux insolites. Les équipiers munis d’un parchemin s'évertuent à déchiffrer énigmes et secrets des illustres habitants de la butte. Un parcours jalonné de chansons à interpréter, de sauts d’animaux à imiter, de messages à déceler, avec un brin de créativité et de connaissances du quartier, au pied des vignes Montmartroises.

 

Une ballade au pas de course, pisté par un deuxième ou un troisième groupe, dans les ruelles escarpées et sinueuses ; elle s'apparente à une enquête de roman noir. Tantôt à la recherche désespérée de la maison de Dalida, puis prêts à procéder à l'interrogatoire de l'épicier d’Amélie Poulain, et tout cela, en remontant les contre-allées, bien souvent à contre-sens. L'oeil attentif, on s'attarde devant des passages pavés ou des portes ornées, que nous démasquons dans l’euphorie du jeu. Attention, la compétition intergénérationnelle a son dernier mot.

 

Le trophéé est remis à 19h15 : L’équipe des vainqueurs « les bleus », arborera une barre de Tobleronne en or, célébré par leur cri de guerre, aux yeux de tous...  

 

Paris, le 15 septembre 2012

 

Rouge et noir

      Septembre


Dans les bois des parcs et jardins de la ville, les feuilles des marronniers crépitent sous les pieds, l’atmosphère douce de la journée donne un air estival à cette bruine. Des gouttelettes si fines, qu’elles caressent la peau, l’effet d’un brumisateur naturel sur toutes les parcelles du corps. Sensation d’été.


Les premiers marrons laqués parsemés dans les allées, rendent intimement hommage aux écoliers. Dans l’enthousiasme de la nouveauté à venir, les enfants et adolescents préparent cartables, crayons de couleurs et classeurs, un moment qu'ils partagent avec des copains et copines. Les bureaux voient s'ammonceler à leurs pieds, des fournitures sur des piles plus ou moins rectilignes, dans un désorde organisé. Des symboles vivants dessinant une ligne de rupture avec les grandes vacances. C'est l'entrée en sixième pour Solène.


Aller à la recherche du temps sans s’y perdre.

Décidément, c’est la rentrée…

  

Paris, le 02 septembre 2012

 

 

 

JUILLET & AOUT

 

Pendant les mois de juillet et août, j'ose initier une trêve. J'arpente les routes de montagne, de Provence et de Toscane en quête d'une autre liberté.

 

Dès septembre prochain, je vous retrouve sur le blog de "l'atelier de l'encre nue" pour une rentrée très parisienne....

 

Corinne Paquin -Correggio

 

 

 

 

Une classe de CM2, Paris 11e
Une classe de CM2, Paris 11e

En guise de fin

 

Fin juin, peut-on déduire que l'année scolaire tire à sa fin, enfin presque...

Les écoliers portent un cartable plus léger et prennent le chemin de l'école l'esprit plus libéré. Ils n'ont pas encore le sourire aux lèvres des vacances au soleil, mais l'atmosphère qui règne en classe est plus gaie, et les devoirs ne s'amoncellent plus sur la tablée de la soirée ou de la fin de la semaine.

 

Certains d'entre eux entreront au collège en septembre prochain, c'est le cycle de l'enfance qui s'achève lentement à la fin de l'été, que l'on regarde déjà derrière soi avec un brin de nostalgie. Ma fille et ses copains de classe vont quitter l'école du quartier avec sa cour et son préau, des clichés qui resteront inscrits à toujours dans ces petites têtes bien pensantes. Aujourd'hui, devant les parents attentifs ils délient leurs voix contre le racisme et l'esclavage, en fêtant en musique la fin de l'année, dans une classe multiculturelle, aux couleurs de la planète.

 

Viennent les derniers jours de CM2, et une fenêtre s'entrouvre sur une autre rive pour les enfants comme pour les parents...

 

 

Paris, le 23 juin 2012

 

Des enfants du monde, R.Khimoune
Des enfants du monde, R.Khimoune

Bercy rêveur, Bercy bohême..

 

Le quai de Bercy mérite un détour en cette saison estivale. Assurémment, vous porterez un autre regard sur le 12e arrondissement, en flânant sur ces rives du sud est parisien. Vous déchiffrerez une architecture urbaine, en balayant cet espace béant à la lisière de l'eau et des quatre tours de verre de la BnF. Vous monterez les marches bétonnées de l'esplanade de la cinémathèque en vous attardant sur les statues de bronze des visages des enfants du monde. Sans la moindre hésitation vous comprendrez la vérité brute de l'enfance des continents. Peut-être, traverserez-vous la Seine en longeant les berges, rive gauche...

 

Et là, des terrasses aux transats jaunes et oranges, vous inviteront à siroter un jus de fruit de saison ou une gorgée de bière bien fraîche, dans une illusion balnéaire. Vous vous accorderez seul ou en compagnie, une pause en marge des turbulences de la ville. Des péniches, des bateaux de plaisance s'effaceront discrètement à l'horizon, en remontant le courant, laissant des traîneés derrière leur passage. Au raz du sol, vous naviguerez à flot, ailleurs.

 

Bercy autrement, délibérément, Marc CHAGALL l'avait déjà illustré d'une lithographie lunaire et colorée, le quai de Bercy.

 

Paris, le 3 juin 2012

 

le grand pic noir à bec blanc, Bois de Vincennes
le grand pic noir à bec blanc, Bois de Vincennes

 

Ivres de chevrefeuille


Sous un ciel bleu turquoise, les premières chaleurs embrasent un désir de vivre l'été, à bout de souffle, dans un esprit de liberté anodine. En quelques jours, il a pris le pas sans le dire, sur la platitude et la grisaille "des jours anciens". Même si une ondée passagère vient troubler discrètement cette douceur sur les terrasses, les jardins et les bancs des places publiques ;

Il est là.

 

Les nuits précédant la St Jean ont la saveur des cerises et des baisers ambrés. Les journées rasantes où la lumière cherche à s'alanguir sur les bords de Seine délie nos corps à une autre évidence. Une version inédite de l'ivresse des coeurs dans des corps de chair. S'infiltre une lumière jaune des longues soirées estivales, libre des contraintes de l'horlogerie mécanique du temps.

Les amoureux de la vie se livrent à la fantaisie du vagabondage de la discontinuité et de la fragilité de l'amour. 

Il est vraiment là.

 

L'été, une saison à lézarder au clairon d'une nuée d'étourneaux, dès à présent...

 

Paris, le 28 mai 2012


 

 

 

Labyrinthe de frênes


Sous une pluie tropicale, parcourons à pas-chassés les contre-allées parées de maronniers, à l'ombre d'un parapluie. Une sensation de saison, d'herbe mouillée et d'azalées. Laissons-nous imprégner des flagrances des frênes et des érables d'une des sept collines de la ville.

De tes bras, redessiner les contours. 

 

Chaque ballade révèle ses sépultures et ses tombes les plus insolites, les plus poétiques, on y croise des pierres murmurant des mots de poètes maudits disparus et d'artistes d'une vie. En longeant l'aile circulaire, sur la route goudronnée, ce sont "Les champs" du cimetierre, un monde fabriqué de marbre noir, aux lignes épurées et gravées.

De tes yeux, détourner le monde.

 

Le Père Lachaise détrône non sans désinvolture, bien des lieux mondains parisiens, de par ses divas et ses étoiles montantes d'outre-tombe. Il inscrit dans la pierre un épilogue, à lui seul.

Paris, le 21 mai 2012

 

 

Le monde dans la main

 

Dans les wagonnets du métropolitain, les parisiens ne sourient pas toujours, enfermés dans un monde "huit clos", ils chassent la lassitude, la "sardinade" des heures de pointe, en feignant d'ignorer la promiscuité et le regard de l'autre. 

Toutes les tendances cosmopolites se croisent et s'entrechoquent, du glamour, au look street style ou rétro-branché, les urbains ont le sens des "hits" de la saison. Quel que soit leur identité ou leur genre, ils maîtrisent l'association des couleurs et des matières, dans des styles variant du preppy au au minimal chic

 

Les enfants et les touristes étrangers animent de leurs voix ces silences calfeutrés de la connectivité au monde des internautes. Des têtes casquées, les yeux et le bout des doigts rivés sur des tablettes ou des smartphones, la génération Y est connectée en permanence. La génération des nouveautés, des différences, des réseaux qui partagent l'expérience du temps présent, en temps réél. Michel SERRE nomme cette génération  "la Petite Poucette", qui détient l'avenir au bout du pouce.

 

Un rituel des trajectoires urbaines et des moeurs, qui n'a que le sens, des hésitations des mots qu'on lui donne.

 

Paris, le 17 mai 2012

 

 

 

La mariée d'Ariane MNOUCHKINE, 15 avril 2012
La mariée d'Ariane MNOUCHKINE, 15 avril 2012

Les rituels de la présidence


L'Esplanade du bois de Vincennes était noire de monde en avril dernier, le mouvement de la robe voilée de la mariée ondulait dans la foule, en scrutant le monde de ses yeux noirs et perlés de sang, elle virevoltait au gré des tornades. Une première mise en scène visuelle et artistique d'Ariane MNOUCHKINE très remarquée.

 

Au timbre de l'accordéon, dans une atmosphère d'antan, François HOLLANDE a prononcé son premier discours de président des français sur la place de Tulle, dans l'émotion et la sobriété. Un moment singulier qui a montré une rupture métaphorique, dans le style et les postures de la fonction présidentielle.  

 

Sous une pluie torrentielle de grêlons, il a fait ses premiers pas à l'Elysée et sur les champs pour rejoindre la tombe du soldat inconnu sous l'arc de triomphe. Un protocole très ritualisé pour une passation de pouvoir entre les deux hommes, en cinq ans j'avais oublié les distinctions monarchiques de notre République.

Une première journée chargée de symboles et d'humanité sur les grandes orientations promises : la jeunesse, l'éducation, la recherche et l'innovation économique. Un premier déplacement à Berlin perturbé là encore, par les oracles du ciel, la foudre a touché son avion privé.

Une intronisation du chef de l'état imperturbable face aux éléments, serait-ce un signe du changement annoncé...

 

Paris, le 15 mai 2012

 

Ulysse, 2011
Ulysse, 2011

BREF, un anti héros...

 

Un anti héros comme celui-ci, c'est hors du commun, je vous demande de me croire sur parole. Il a ses rituels de passages et de ballades au fil de la journée ou de la nuit, quel que soient les obstacles à franchir. Il est comme se plaisent à dire les anglo-saxons "clumsy", c'est à dire qu'il fait tomber tout ce qu'il touche, l'air de rien, glissant maladroitement d'une étagère à un autre dans un fracas indicible. Mais je l'adore.

 

Il est haut sur pattes, tigré gris-roux, de grands yeux verts maquillés d'un trait noir, une tâche blanche en diagonale sur son minois aux longues moutaches ; ces grands airs qui lui donne une allure altière des grands seigneurs de son espèce. Il accompagne de ses patounes mi-blanches, mi-tigrées le moindre de mes mouvements d'une tendresse sans égal d'un coup de tête et d'un miaulement de pleurnicheur, à vous attendrir ou vous irriter en fonction de l'humeur de l'instant. Mais je l'adore.

 

Position allongée, dans un étirement alangui, il peut rester ainsi 16 heures par jour, tantôt sur le sofa, tantôt dans un panier en osier ou sur tous les fauteuils de la maisonnée, dans un sommeil parsemé de rêves à peine sonores. Il se révèle également fin gourmet, végétarien avant l'heure, il déguste avec voracité la salade verte, les champignons frais, les épinards et tous les poissons, à toute heure du jour. Mais je l'adore.

 

CPC, Paris le 05 mai 2012

 

 

Festival des arts de la rue


Les espaces urbanisés de la capitale ont chanté, claironné, joué de leurs maux en délire, pour la 15e édition du "Printemps des rues" du 10e. Dans cet entre-deux tours présidentiel, la parole est donnée aux artistes de la rue, à leur tour d'interroger le sens du politique, de la norme, de l'état de nos mondes en éclats. Des artistes nous livrent sans fard et sans la moindre concession l'état de nos sociétés, à la frontière de la désillusion.

 

Sur un ton acerbe et enjoué, "le petit Monsieur" au costume étriqué et aux chaussettes rouges, s'invective dans un silence burlesque devant une cabine téléphonique. Un clin d'oeil à peine ironique et décalé à notre "prime minister". Imperturbable, face à cet objet d'un autre temps, il cherche démesurément à l'atteindre en usant de ruses accrobatiques. Il interpelle le public dès que la situation l'impose et le confronte à un danger imminent. "En dérangement" est une satire baroque de notre communication, revisité avec humour, à mourir de rire.

 

"Est ou Ouest, procès d'intention", se situe 20 ans après la chute du mur de Berlin, Martina K. biophysicienne et acrobate, nous raconte avec des mots violents et la souplesse de son corps, les deux faces de Berlin Est, l'ex RDA. Théâtre forum par excellence, le public va devoir juger du retour de Martina K. à Berlin, au regard des éléments que nous livre, la troupe de théâtre. C'est un inventaire impitoyable des valeurs du capitalisme face à l'idéologie du socialisme de l'ex RDA... Un corps à corps, qui torture nos représentations, qui ose bousculer nos idéologies dans le contexte électoral qui est le nôtre aujourd'hui. La Compagnie Escale est à suivre de près...

 

Des extraits d'une ballade citoyenne au coeur de ce festival bouffon qui démasque au grand jour, l'instrumentalisation du pouvoir, la nécessité des contre-pouvoirs et le portrait de nos candidats coincés dans un costume trois pièces.

Paris, le 28 avril 2012

 

Nouvelle tribu palmée


La nouvelle génération d'oisons, de canardeaux et de cygneaux, a fait son entrée en scène, au Lac Daumesnil du bois de Vincennes, ces derniers jours printaniers. Alors que d'autres, sont encore en gestation dans leur nid bien au chaud. 

 

Une oie bernarche initie la tribu d'oisons au duvet jaune canari sur les bords de rive, aux premiers mouvements au ras de l'eau, dans une proximité naturelle. Le mâle chasse les mouettes qui cherchent pitance dans un élan protecteur de la tribu. La gestuelle encore hasardeuse, les oisons, les canardeaux flottent à la lisière des saules pleureurs en file indienne, sans le moindre cacardement ou caquetement. 

 

Sur l'herbe grasse, les paons font la roue, la saison des amours revêt bien des formes burlesques, dans ce jeu de séduction.

CPC, le 27 avril 2012

 

RODIN
RODIN

A vos urnes, citoyens, citoyennes !


A vos marques, un seul mot d'orde ce dimanche 22 avril, allez voter !

Les urnes des écoles de la République sont en ordre de bataille, dès ce matin 8h00. Les portes aux bouches béantes, engouffrent vos aspirations citoyennes dans un tortillard qui se voudrait démocrate, de la première heure. Pendant près de 12h00, les fonctionnaires, les sympathisants et les élus vous tracent le chemin de l'électeur. D'un geste furtif, votre choix s'inscrit en toutes lettres, dans une petite enveloppe bleue, au ton légèrement désuet. Flic, floc, entre deux averses le tour est joué !

 

Ici et là, défilent des couples en famille, les jeunes se déplacent en bande, la tribu a semble-t'il la préférence. Les couples d'un âge certain sont parmi les premiers, à glisser leurs silhouettes vacillantes dans l'isoloir. Puis, viennent les célibataires, du genre féminin au masculin, ils, elles se livrent à des turpinades autour d'un bulletin. A chacun, son profil, ses désirs et son style à cette heure printanière du jour.

 

Le défi du taux de participation des concitoyens est théatralisée jusqu'aux dernières heures. Dans ces moments-là, la France réveille ses vieilles turpitudes, héritées de nos monarchies, des urbains aux ruraux, la scène se rejoue à chaque tour, noircissant le tableau des rivalités entre les territoires.

Mais rien ne doit émailler le jeu de la lenteur de cette longue journée électorale. Les commentaires raillent, les derniers sondages raniment la verve des journalistes jusqu'à l'attente décisive des premières estimations fort tardives, nous dit-on...

 

La presse et les électeurs sont en proie au compte à rebours de l'écran magique, révélateur du verdict. A 20h00 fort précises, très timidement François Hollande sort la tête haute et digne de ce duel annoncé.

 

Paris, 11e - Dimanche 22 avril 2012

 

 

 

 

 

 

Printemps de fête


Paris sous les giboulées d'avril, invite les citadins à explorer les passages cachés et les rues fermées, derrière des portes cochères rouge vermeil ou bleu azulis. Pour la première fois de la saison, la ville montre l'envers du décor, un printemps inventeur de pluie et de gouttes bigarrées d'arc en ciel. Les arbres respirent cette douce sensation d'une renaissance. Les feuilles confectionnées avec art, révèlent la virtuosité à l'état brut, du vert amande au vert anis. Un festival en couleurs, une véritable échappatoire à la morosité du climat social et aux éclats de voix de nos présidentiables.

 

La ville "aux mains d'argent" réinvente une mise en scène surréaliste, un clin d'oeil sournois aux rêveries visuelles de Tim BURTON. Il crée l'évènement artistique à la cinémathèque, où s'exposent des figurines gothiques, des dessins, des carnets de croquis, des extraits de sa filmographie qui explorent son environnement festif et macabre. Le détour est jubilatoire, il parvient à réanimer l'enfant et l'imaginaire qui sommeillent en chacun de nos squelettes vivants. Un parcours initiatique, presque générationnel, à ne pas manquer...

 

Paris, le 17 avril 2012

 

Edward HOPPER
Edward HOPPER

Au delà de la condition humaine


Au coeur du 11e arrondissement, au carrefour de la rue Alexandre Dumas et de l'Avenue Philippe Auguste, je croise régulièrment Jonas qui traîne, non sans énergie, une palette à roulettes sur laquelle sont entassés de nombreux morceux de sa vie. Tout ce qu'il a pu garder ou récupérer se trouvent là transis, dans des sachets très colorés. Très souvent, tout près de son oreille il écoute la radio, en commentant au fil du récit, l'actualité du jour.

 

C'est un personnage, au regard vif, qui sonde les passants, à l'affût d'un l'échange ou d'un dialogue, même si parfois il est dans un autre monde, presque en apesanteur. J'ignore où il trouve refuge la nuit, mais la journée il circule dans le quartier et prend place dans la rue, contre les parois d'un mur ou d'un immeuble. 

Un jour, en passant par là, il m'a raconté  qu'il animait une émission sur M6, qu'il était très célèbre, que lui, contrairement à d'autres, il savait susciter le débat sur les questions existentielles. Il manifeste depuis que je le vois un intérêt passionné pour les médias et les émissions radiophoniques.

 

Ce matin, les yeux rivés sur un quotidien "le parisien", Jonas est en colère et cela se voit de loin, il fronce les sourcils et hausse le ton de sa voix. Il lève la tête à notre passage, nous sommes deux, ma fille m'accompagne, pour nous dire : "Vous savez, ces candidats-là pour la présidentielle, ils font tous des conneries, moi j'en ai marre". Je lui ai répondu "vous avez bien raison, d'ailleurs certains plus que d'autres..." Il m'a regardé et a poursuivi dans sa barbe grisonnante, un soliloque, en marge du fourmillement de la ville.

 

Paris, le 12 avril 2012.

 

Horlogerie M'O, 2012, CPC

 


 

 

Dramaturgie des rouages

 

Avez-vous vu le nouveau Musée d’Orsay M’O ?

J’ose vous murmurer sans nuance que c’est « une pure merveille », la rigueur géométrique des volumes diffuse la lumière autrement, les toiles des grands maîtres de l’impressionnisme ainsi que les meubles de l’art nouveau transfigurent les espaces des ailes latérales. Les parois peintes en rouge absolu et en gris fauve, concentrent dans la simplicité des volumes, une audace du minimalisme. 


Au détour de cette visite, arborez sans la moindre hésitation les terrasses mais également, l'habitacle de la mécanique horlogère de l’ancienne gare. Derrière les rouages de l’horloge, les aiguilles désarticulent le montage de la mécanique anachronique du temps, tout en transparence. Ce cadran, presque dépouillé, redéfinit tout en retenue, notre rapport à l'espace temporel en perpétuel mouvement. Devant ce paysage réinventé, nous évitons peut-être, de dormir notre vie en maintenant nos rêves éveillés, dans une superposition d’instants volés au quotidien.

Paris, le 05  avril 2012

 

 

 

La guerre des mots

 

A J-21, c'est une offensive sauvage des affichages sur les murs, les arbres, les lieux désaffectés, toute paroi lisse semble un espace dédié pour placarder une nouvelle vérité sur une autre. Nos villes et nos communes s'habillent, se dénudent des couleurs et des discours politiques de cette nouvelle campagne présidentielle 2012.

 

"Votez Sarkozy" apparaît sur le slogan de Mélénchon "Prendre le pouvoir", les Sarkozystes s'acharnent à désamorcer la révolution Mélenchon, par un abattage nocturne de nouvelles affiches. D'un jour à l'autre, "la France tranquille" ou "je vote juste" est réduite à "La France forte", les prochains jours devraient favoriser les écarts aux plus offensifs...

 

La scène est ouverte aux divisions, dispersions, négociations ou ruptures, dans ce mois printanier, où bourgeonnent tous les espoirs de renouveau ou les désespoirs de continuité et d'immobilisme latents auprès des sans voix. Vivement mai "le changement c'est maintenant", vraiment !

 

Paris, le 1er avril 2012

Ivresse printanière


Les premiers signes visuels d'une métamorphose de la saison surgissent de toutes parts, sur les places, dans les jardins, sur les fenêtres des immeubles Hausmaniens. Leur éclat ont la primeur dans ces paysages urbains. Des fleurs de magnolia, des jonquilles, des primevères ornent les allées où déambulent les promeneurs insouciants et gais. Les arbustes et les marronniers reverdissent certaines rues pavées de la ville, donnant l'illusion d'une page bucolique. 

Une vague idée d'un amour à improviser...

Paris, le 17 mars 2012

 

     Simplicité rieuse

 

Que dire de l'alignement d'un espace devant soi tout en regardant passer les lignes du ciel. La lumière passe par intermittence, sur une table de bois d'érable de la terrasse d'un café parisien, rue de Montreuil. Délicieusement installées, deux tasses de thé à la bergamote et des tartines beurrées au sel de guérande, sonnent l'heure d'un petit déjeuner intimiste. Le ciel se dessine dans un désordre automnal, instable et presque guerrier.


Un homme et une femme dans un style "sweet chic", sont assis l'un en face de l'autre, ils s'écoutent, se regardent dans une complicité naissante. La jeune femme, paupière nude, les ongles irisés, porte non sans élégance un cardigan maillé imprimé, sur un pantalon jaune paille, ton sur ton. Lui, sobrement vêtu, jean noir et chemise banche entrouverte, veste noir, signe un style très urbain.


D'un geste à un regard, l'émotion s'articule dans des mots murmurés à distance. Peut-être, ne se connaissaient-ils pas, il y a à peine un instant.

 

Paris, le 11 mars 2012

 

      Une parodie singulière


Un dimanche presque matinal, les baskets aux pieds, par les rues bétonnées de la ville, je m'en vais au Bois de Vincennes ; collée aux jambes de mon amoureux. Nous immortalisons à deux, une course en douce compagnie : des canards, des paons, des cygnes et des poules d'eau suivent nos enjambées d'un bout à l'autre du lac Daumesnil, la tête bien haut perchée. Un canard, plonge furtivement et nous donne à voir son fessier emplumé sur le rivage assoupi. Il prend un petit déjeuner sans se soucier des coureurs du dimanche.

 

A une nuance près, ce sont les premières foulées de l'hiver après les gourmandises de saison : des gâteaux aux carambars, des cakes aux pommes et aux noix, des orangettes et du chocolat noir amer, sans le moindre exploit sportif. Imaginez les quelques kilos superflus qui enrobent nos ex-silhouettes de joggers, c'est un drame à coeur ouvert.

 

Paris, le 04 mars 2012

 


 

Lucioles en éclat 

 

La terre tourne dans le grondement de leurs têtes, les bruits sont des mots sonores perdus dans la sphère des espaces, d'un jour sur son déclin. Que dire de ce "brouhaha"en gestation, cherche t-il les échos de rêves suspendus de ces atmosphères urbaines ?

 

De l'ivresse, du vertige font vibrer leurs regards au dessus des toits et des coupoles des cathédrales, dans le lointain d'une ville qui grouille. Et la grande roue au pied du jardin des tuileries tourne, elle suit la trajectoire des champs dans une autre linéarité, d'un mouvement souple et lent.

Diversion d'une envolée sans ailes...

Paris, le 25 février 2012

 

 


 

Invraisemblance

 

 

Un espace clos, et pourtant l’horizon se projette devant une fenêtre ouverte. Nous sommes dans la cour d’une école de travail social, une journée sans égal. Les étudiants se jettent sur leurs feuilles à la recherche d’évocations de leur quotidien professionnel à partir d’une phrase « Je me souviens » de Georges PEREC. Dans ce silence studieux, le ciel reste bleu provençal, la cour est habitée de platanes lunaires et d’une lumière douce. En levant la nuque, je vois des mains tendus, suspendus à la façade ocre et longitudinale. L’illusion d’un reflet sur la vitre juste en face, des mains en transparence manipulées par la magie de l’instant.

Serait-ce l'échappée belle d’un geste en suspens ?

Paris, le 20 février 2012

 

 

 

Lumlères de scène


La Seine revêt ses lumières de fête, d'un soleil rouge au couchant.

Elle sinue sans brusquerie sur les rives du quai d’Orsay, ignorant les passants le long des berges. Les platanes ont détrôné leurs feuilles, nus comme des vers, ils signent la lenteur de l'hiver. Une fourmilière humaine en provenance du coeur des entrailles de la ville, entre sur le pont Alexandre III. Il aime marcher à contre courant de la foule, en arpentant à la dérive des rues inconnues, au risque de s'y perdre et de s'y confondre.

 

 Paris, le 19 février 2012

 

Au delà de la rue

 

Au petit matin, je longe, d'un pas empressé la rue St Maur, une rue qui s'étire à perte de vue. Le ciel est uniforme, crémeux et blanc, il laisse entrevoir une bruine qui chatouille les narines. Un temps qui se joue des facéties d'un quotidien aux multiples visages. Les écoliers traînent leurs souliers, les mains accrochés aux bras de leur mère ou de leur père, avant de se faufiler par la porte cochère de l'école.

 

Un jeune homme, les cheveux poivre sel, à l'allure nonchalante semble perdu dans ce monde qui cherche à s'éveiller. Il avance dans le sens inverse des écoliers, sans vraiment oser les croiser, sans même les regarder, il suit sa route.

 

J'observe de loin, le concierge d'une résidence fumant une cigarette au pas de sa porte, le sourire en coin aux jeunes femmes qui passent. Prostré devant sa fenêtre, à faire les cent pas sur l'esplanade de bitume. Serait-ce l'immobilité de la fonction ?

La gaité sur le bout des lèvres, je regarde le ciel, il cherche à dissiper ses brumes matinales, sans épiloguer.

Oserais-je dire que je me sens d'une humeur provençale ?

 

Paris, le 17 février 2012

 

Un dimanche de pâques à Vincennees...
Un dimanche de pâques à Vincennees...