Objets de ce monde

 

Objets de ce monde illustre gaiement notre rapport au monde de proximité, ces petits riens "des corridors du quotidien". Objets anodins pouvant se décrier à la manière de Francis Ponge, de Richard Brautigan et bien d'autres auteurs qui ont cherché à répertorier ce "monde objet".


Des approches très différenciées qui livrent un point commun, comment apprendre à décrire, à redessiner avec des mots poétiques ou par pur sentimentalisme les contours de notre environnement spatial.

 

Corinne Paquin-Correggio

 

 

A la manière de Francis PONGE "Le parti pris des choses"

 

Francis PONGE veut rendre l'essence de l'objet, de tout ce qui peut être au fond de lui, comme s'il avait une âme. A travers le langage il essaie de transcrire l’âme de l'objet.

Il ouvre le langage, il le déplie, jusqu'à ce qu'il trouve la perle. Travail de mise en relation entre la nature de l'objet et les quantités objectives de la chose.

Il définit une chose sans y mettre du sentiment.

Il refuse le sentimentalisme que nous attachons aux choses et à la vision du monde.

Simplement, il s'agit de mettre de la sensation.

 

L'objectif de PONGE

 

Sa recherche poétique, est de désaffubler la poésie de tout ce qu'elle a de clinquant.

Ecriture du recul, tentative de montrer que le personnage n'existe pas (le nouveau roman, création littéraire...)

 

"Le parti pris des choses" ce sont des devinettes.

Dans cet ouvrage, il exprime le malaise qu'il ressent à l'égard de la poésie. 

Une question qu'il se pose : Comment écrire sur soi-même, quand on ne sait pas écrire sur l'univers qui nous entoure ?

Son dégoût pour les définitions, l'incite à recenser l'univers familier, à le redéfinir à sa façon. Il propose une description/définition infaillible et brève : une mise en évidence de l'aspect sensoriel de la chose : sa couleur, sa forme, son aspect utilitaire, enfin son essence, pour revenir à l'esprit Pongien.

 

Corinne Paquin-Correggio

 

A la manière de Richard BRAUTIGAN

 

Richard Brautigan est le maître à penser de Philip DJIAN.

"Montana Express", est un ouvrage de Richard Brautigan composé d'une centaine de petits textes brefs (d'une page à peine), qui sont des histoires racontées, ou bien une mise en scène d'objets ou de scènes du quotidien.

 

A l'opposé de PONGE, ce sont des textes qui livrent une réflexion.

 

Il veut montrer sans grandiloquence, comment la personne qui écrit "résonne" devant un évènement, un objet ou une scène du quotidien.

 

C'est une manière de s'investir complètement par rapport à l'objet. Il fait le choix volontaire d'instaurer un rapport d'ordre affectif, sensuel et sentimental avec l'objet, en montrant ce que cela nous dit, nous évoque par rapport au monde qui nous entoure.

 

Corinne Paquin-Correggio

 

 

 

 

 

Les lentilles

 

Souples, composées de matériaux flexibles, elles offrent une transparence inégalable. Elles laissent présager un autre regard sur l'espace, à ses propres dimensions, sans le déformer. Posées sur l'iris, elles se déploient, elles en épousent les contours. Parfois le premier geste n'y suffit pas. Sans brusquerie, un doigt scrupuleux cherche un appui, par des mouvements ondulatoires, il tatônne avec le désir de chercher une inclinaison, une position idéale pour la mise au point.

 

Les lentilles se fondent sur l'ouverture de l'oeil, laissant ainsi s'évaporer une goutte lubrifiante, sans émotion passagère. Semblable à une seconde peau, elles chatouillent la cornée, en différant simplement l'angle de vision, de la portée du regard. Elles gravitent à la frontière d'une netteté absolue.

 

Un destin, celui d'embraser les yeux des passants de près ou de loin, dans l'ignorance, en passant quasiment inaperçu au clair de lune. Sans esquisser un clin d'oeil, elles ne font plus qu'un, avec celui ou celle qui les portent.

Corinne P-C

 

Lumière éphémère

 

Dans le salon de la maisonnée, je siège sur une table basse vitrée en fer forgé coquille d'oeuf. Semblable à un cylindre jaune moutarde, ornée d'une feuille de papier rouge vermeil. Sans ma petite lumière, je reste dans l'ombre comme assoupie, à l'écart du monde. Je prends ma place dans cet espace depuis peu, depuis quelques semaines à peine, tout près d'un livre de chevet "L'étranger" de Camus. 

 

J'étais sur un étal de marché de Noël, sur la grand place de Strasbourg, après avoir séjournée dans les alvéoles d'une ruche très active des Cévennes. Délicieusement liquide, j'aimais cette texture dans cet habitacle, avant ma transformation en objet décoratif. C'est une trajectoire comme une autre après tout, je ne serai pas dégusté mais brûlée à petit feu, une drôle de vie tout de même. Bref, tout ça pour vous dire qu'il m'a choisi dès son premier regard, ma forme allongée tout en rondeur, mon aspect à peine rugueux et mon parfum naturel l'ont séduit. J'avais quelques atouts à mon palmarès.


S'adressant au marchand, il lui dit :

- Voyez-vous ce cône-là, il est divinement altier, je sais déjà qu'elle aimera, je vous le prends. 

- Faites confiance à votre choix, et son petit frère je vous l'offre. Il pourra l'accompagner, sans lui prêter ombrage.


Fraîchement emballée d'un papier glacé, juste à coté de mon petit frère, je me suis retrouvée au pied de la cheminée la veille de Noël.

Le 25 mai 2014, Corinne PC