Textes d'auteurs sur les ateliers d'écriture et le processus d'écriture

Berlin, 2007
Berlin, 2007

 

Qu'est ce qu'un Atelier d'Ecriture ?

 

"Ecrire c'est tracer deux lettres et rire." 

M. BENABOU

 

 

 

Un Atelier d'Ecriture, c'est un groupe de personnes, dans un lieu, dans un temps où l'on s'autorise à écrire "au pied de la bibliothèque des auteurs sacrés". C'est une écriture dans l'urgence, que l'on pourrait qualifier dans la notion de "l'ici et maintenant".


Ecrire c'est apprendre à mieux se connaître, prendre confiance en soi, partager le plaisir des mots, être à l'écoute de l'autre et s'exprimer en écoutant sa voix intérieure.

 

Chaque participant ou écrivant produit un texte à la suite d'une proposition d'écriture donnée par un animateur ou une animatrice.

 

Deux espaces sdpatio-temporels : un temps d'écriture ensemble et un temps de lecture  et de parrtage des textes devant le groupe.

 

Les jeux d’écriture envisagent l’écriture comme un matériau langagier, en prenant conscience de la démarche nécessaire d’un apprentissage « Ecrire cela s’apprend » en faisant, en prenant des risques, en tâtonnant. On y expérimente le travail de distance entre soi et le texte, entre le sujet et le texte. 

 

C'est un terrain d'expérimentation où l'on s'exerce progressivement à la posture de « scripteur » dans un jeu de lecture-écriture-relecture-réécriture des textes.


A partir des caractéristiques des genres textuels que vous écrivez, vous apprenez à vous rapprocher des normes des textes à produire. Vous prenez alors conscience des enjeux de l’écriture, des différentes fonctions : informative, utilitaire, communicative.

Vous comprenez que vous vous adressez à des lecteurs réels, ce qui redonne la place et le sens à l’écriture, à votre écriture.

 


« Celui qui écrit s’en va plus loin que soi.

Il avance à pas de neige. Il parle à mots de loup.

Il va vers la parole nue, retournée comme un gant.

Il éclaire en parlant sa propre absence. »

 

C. BOBIN, La part manquante

 

 

Corinne P-C, 1998

 

 

 

PRESENTATION : Les ateliers d'écriture en collaboration avec Claire BONIFACE


      http://www.pedagogie.ac-toulouse.fr/ien65-tarbes1/pedagogie/langage/atelier.rtf


LES ATELIERS D'ECRITURE

 

En dehors de la rédaction et du texte libre quelles activités écrites d’expression peut-on proposer en classe ?

Comment intégrer, dans la tradition de l’écrit scolaire, la dimension créatrice de l’acte d’écrire ? Ou comment placer les élèves dans des situations linguistiques variées qui favorisent l’apprentissage de la langue écrite ?

C’est dans le cadre de ce questionnement que sera examiné une approche qui à pour objet / finalité l’écriture, à savoir : l’atelier d’écriture.

 

On trouvera dans ce document :

  • des éléments de présentation pour une approche des divers ateliers d'écriture : définitions, principes et enjeux, références bibliographiques ;
  • un repérage de sites qui témoignent de la conduite d'ateliers d'écriture sur Internet.

 

 

 

Qu’est-ce qu’un atelier d’écriture ?

 

  • Présentation générale, principes et enjeux

 

Un atelier d’écriture est un dispositif construit et animé, destiné à ce que chaque participant se réapproprie l’acte d’écrire. Les ateliers prévoient des phases de travail (variables selon le type d’atelier) qui peuvent alterner des moments de travail collectifs, individuels, et en petit groupe.

L’atelier utilise la contrainte dans sa dimension libératoire et ludique, et débouche nécessairement sur toutes formes de socialisation ou de publication.

 

Il ne s’agit nullement d’établir des jugements qualitatifs quant à la valeur des textes réalisés, mais au contraire de créer une  parenthèse de liberté ou chacun ait envie de “ laisser les mots couler ”. Différents “ jeux ” sont là en guise de carburant. Mais qui dit jeu, dit règles, qu’il convient parfois aussi de transgresser afin de laisser la libre voie à son imagination.

 

L’atelier d’écriture, c’est aussi “ dégager l’écriture du souci scolaire de la conformité, en suscitant une appropriation du monde immédiat par l’écriture, en convoquant l’expérience réelle des élèves, en cherchant l’expression de la singularité. C’est aussi stimuler la sensibilité littéraire et faire prendre conscience que l’écriture peut être un acte créatif. ”

 

Les familles d’atelier et des objectifs différents

 

Dans Les ateliers d'écriture, Claire Boniface distingue des familles d’ateliers avec deux grandes tendances :

  • celle de l’expression
  • celle de la production.

 

Toutefois il existe, dans ces familles, des invariants… 

 

  • Motivation. Une situation d’écriture (consignes, exercices, inducteurs…) donnée par un animateur.
  • Production. Un temps d’écriture des textes (ou écrits, productions).
  • Communication. La lecture des textes (publication, communication, socialisation).
  • Réaction. (retours, réactions, commentaires, corrections, résonances).

 

Étapes suivantes éventuelles : nouvelle consigne, dactylographie des textes, réécriture..

 

 

Et des variables 

 

  • Le nom de l’atelier : littéraire (ALEPH), psychologique (la Plume en Soi), autopersonnelle (ateliers Bing), ludique (Paginaire), volontariste, existentielle.
  • La littérature : on peut distinguer les ateliers où la littérature a une place et ceux où elle n’en a pas (comme les ateliers de jeux créatifs ou à vocation thérapeutique).
  • La présentation de l’atelier (l'annonce des objectifs et des règles de déroulement).
  • Les conditions concrètes de mise en œuvre (le lieu, la durée, la périodicité, le coût…).
  • Les animateurs (de formation variable : psychologie, animation, enseignement…)
  • Les sources d’écriture (l’autobiographie, le jeu, l’imaginaire, l’observation, la description, la théorisation…).
  • Le temps d’écriture.
  • La communication des textes, les commentaires et l’éventuelle réécriture : le texte peut être lu oralement, affiché projeté par rétroprojecteur, calligraphié (devenant objet à voir). L’écriture est ainsi singularisée (elle préserve l’expression d’un auteur). Il existe aussi la dactylographie et la photocopie de textes, ce n’est plus le corps de l’auteur qui s’expose mais le texte…

 

 

  • Quelques tendances

 

 

L’Oulipo : les pères


Le désir de l’Oulipo est de réduire l’inconscient du texte au minimum : désir de maîtrise littéraire, désir d’échapper au hasard de l’inconscient.

L’Oulipo se démarque par le goût du jeu et les exercices sont avant tout des machines à produire de l’écriture.

 

“ Dans le fait que l’assujettissement volontaire à une règle difficile qui demande de concentrer son attention sur un problème aux données futiles s’accompagne d’une distraction de tout le reste, entraînant une levée de la censure obtenue beaucoup mieux par ce moyen détourné que par un procédé tel que l’écriture automatique, dans laquelle on se propose de l’abolir directement par de la passivité … ”. Il n’est plus en effet centré sur le fait de dire, mais de faire. L’imagination est stimulée par la contrainte, et le plaisir accompagne le jeu.

 http://www.lpi.ac-poitiers.fr/~ecriture/oulypo/intro.htm

 

Les ateliers d’Élisabeth Bing


Son rôle consiste à faire naître le désir d’écrire (tout en écartant provisoirement l’orthographe). Son travail est de réassurance psychologique.

La question du critère s’est posée : le seul quel est utilisé, c’est être soit, se dire… Elle ne croit pas que l’on puisse partir du texte pour écrire.  L’atelier doit se tenir à côté de la classe, il s’agit de création et non d’apprentissage.

Toutefois, ce n’est pas l’inconscient qui intéresse Bing, c’est l’écriture.

http://perso.club-internet.fr/atecbing/frame1197079.html

 

L’atelier Aleph


L’une des principales préoccupations qui le démarquent d’Élisabeth Bing, c’est de parvenir à un produit fini.

L’atelier Aleph vise à travers l’écriture, un “ travail de réparation et de construction ” du sujet : “ on écrit au lieu de la blessure du blocage, du blanc. ” Écrire en atelier, c’est “ accepter de refaire l’expérience du démuni ”. C’est aussi une “ socialisation des écrits de premier jet ” ou “ production d’objets socialement inscrits ”, il s’agit d’être capable de définir son texte “ en genre littéraire : un récit, un poème, une nouvelle, une scène de théâtre ou un fragment autobiographique ”.

Les trois phases de l’atelier :

  • l’écriture expression de soi et réparation
  • la phase d’apprentissage 
  •  la socialisation qui débouche sur la publication.

http://www.aleph-ecriture.fr

 

 

  • Conclusion

 

Les ateliers d’écriture apprennent-ils à écrire ?

Quelles que soient leurs caractéristiques, les ateliers d’écriture sont des espaces d’éveil, de sensibilisation, parfois de transformation, tous jouent le désir et le plaisir ; presque tous mènent à la lecture, à des nouvelles façons de lire…

Tous font que chacun s’autorise à écrire.

Il ne s’agit pas de supplanter une approche de la lecture/écriture par une autre, ni d’évacuer l’enseignement de la langue et de certaines typologies. Ainsi, l’atelier d’écriture apparaît comme une voie pour améliorer les pratiques. Toutefois, l’atelier ne remplace pas la servitude volontaire de l’écriture solitaire.

 

 

 

Des sites ressources

 

Pour se documenter et s’interroger sur les ateliers d’écriture… 

 

  • Des bibliographies sur les ateliers d’écriture

 

 

- Une bibliographie élaborée par le GFEN. Cette bibliographie regroupe des livres, des mémoires, des revues, des ouvrages récents hors ateliers mais utiles pour inventer des ateliers “ spécialisés ”, ainsi que des publications du GFEN.

http://www.chez.com/gfen/Biblioateliers.html

 

- Une bibliographie présentée par Écrivains Sans Frontières. Elle s’articule autour de différents rubriques, à savoir : l’art d’écrire, ateliers d’écriture, stylistique, grammaire, dictionnaires, outils, édition, propriété intellectuelle, et la condition de l’écrivain.

http://www.multimania.com/esfsite/netest6.htm

 

 

  • Des généralités, théories, principes…

 

 

- Écriture créatrice et apprentissage de la langue. Jean-Pierre Depétris, propose une lecture en ligne de son mémoire intitulé “ Une expérience d’atelier d’écriture à Marseille ”.

Plan du mémoire :

1/ L’usage de la langue ;

2/ Ébauches d’une méthode ;

3/ Grammaire et intuition ;

4/ L’emploi de la langue.

 http://jdepetris.free.fr/ecretapp/pref.html

 

- Aleph propose un atelier par e-mail et une aide individuelle à l’écriture. Voir sur le site les 12 principes organisant peu ou prou les ateliers d’écriture proposés par Aleph.

L’atelier vise à la fois l’acquisition d’aptitudes diversifiées et l’affirmation d’un rapport personnel à l’écriture.

 http://www.aleph-ecriture.fr/

 

- Centre de recherche en didactique du texte et du livre. Claudette Oriol-Boyer est professeur à l’université Stendal de Grenoble et spécialiste des ateliers d’écriture dont elle a mis au point une théorie, certes un peu mécaniste (inspirée plus de Jean Ricardou que de Roland Barthes), mais très efficace en la matière.

 http://www.u-grenoble3.fr/oriol/

 

- L’Atelier  d’écriture  et la réécriture au service de la didactique  du Français. Le Grafec (Groupe Mafpen d’animation des formations à l’écriture) de l’académie de Grenoble met en ligne ses conceptions de la séquence didactique en Français, illustrées d’exemples de textes écrits et réécrits sur consignes.

http://www.ac-grenoble.fr/mafpen/Paf5/grafec/intro.htm

 

- GFEN, mouvement de recherche et de formation en éducation, agrée par le Ministère de l’Éducation nationale et de la Jeunesse et des Sports, propose une bibliographie, ainsi que des articles, tels que : Le risque de l’éducation ?

C’est de rater la démocratie ; l’étonnement en atelier d’écriture ; une nouvelle école littéraire ; l’engagement et les ateliers ; animer des ateliers…

http://www.chez.com/gfen/secteurpo.htm

 

- Cahiers pédagogiques. Éditorial du n°388-89 octobre-novembre 2000. Titre : apprendre à écrire ou écrire pour apprendre ? de Jacques Crinon.

http://cahiers-pedagogiques.com/precedents/preced2000.html

 

- Écrivain Sans Frontières. Vous pourrez lire leur Manifeste 1962, des articles sur l’Oulipo…

http://www.multimania.com/esfsite/netsf6.htm

 

 

  • Jeux d’écriture…

 

- L’atelier du prof.

L’atelier présente des exemples de séquences pédagogiques utilisant des outils informatiques simples.

Techniques : anaphrases / ludictionnaire / logigrammes / énigmes…

http://www.ciep.fr/langue/atelier/index.htm

 

- 50 jeux de langue pour l’école.

C’est le jeu qui est prioritaire. L’enseignant ne va pas proposer à ses élèves d’apprendre telle ou telle notion de grammaire ou d’enrichir son vocabulaire, il va proposer aux élèves de jouer.

Ceux-ci vont se laisser prendre au jeu et à cette occasion, apprendre sans vraiment s’en apercevoir une série de notion rébarbatives qui ont place dans les programmes scolaires.

Exercices : acrostiches / anacycliques / anagrammes / antonomases / cacographie / cadavre exquis / caviardages / contrepèteries / lipogrammes…

 http://users.skynet.be/Landroit/tablej.htm

 

- Atelier d’écriture : les jeux de l’humour et du langage.

Les règles du jeu : inventez un titre, faites une photo, écrivez une légende, et que l’association de ces 3 éléments compose un jubilatoire jeu de mots étonnant mais néanmoins sensé…

http://www.telerama.fr/perso/edito/ateliers/ateliers.asp?rub=0

 

- Espaces des Folles.

Un site consacré à la littérature sous contrainte.

Chaque exercice contient une explication brève de la contrainte.

Exercices : acroboule / acrostiche / autoacronyme / boule de neige / isogramme / lipogramme / monovocalisme / mots sibyllins…

http://www.arts.unimelb.edu.au/~espaces/

 

- Anagramme

Vous tirez un mot au sort et avec les lettres de ce mot, il faut composer le plus de mot possible. Une fois terminé composez un texte… Ou, vous avez le début et une fin pour vos histoires, à vous de coucher le reste.

http://www.pretextes.ovh.org/v2ateliers.html

 

- Atelier Plume 

Anaphore…

http://perso.wanadoo.fr/atelier.plume

 

- Vandja 

Principe du Cadavre-Exquis … 

http://dijoon.free.fr/experience.htm

 

 

  • Romans, contes, nouvelles, récits, poésies…

 

- Les romans virtuels. Créer à plusieurs son roman virtuel avec des élèves d’autres classes du monde entier. Choisir un rôle et imaginer la vie qui va avec : explorateur, reporter sportif…

http://www.wanadoo-edu.com/participer/romansvirtuels/romansvirtuels.asp

http://www.multimania.com/alcofibras/index.htm

 

- L’Escroc à Tokyo. Un roman interactif, à plusieurs.

http://www.multimania.com/Kamakura/     

 

- Textes noirs et idées claires. 7 nouvelles policières, 7 faits divers à déjouer. Écrits par des élèves de troisième technologie du Lycée Jacob Holtzer.

http://www2.ac-lyon.fr/etab/lycees/lyc-42/jholtzer/romanlp/index.html

 

- Globetrotter

Rédiger 1 semaine environ du journal intime d’un personnage imaginaire. http://pages.globetrotter.net/trudcl/defis.html 

 

- Le JIC : Le journal intime collectif.

Le JIC est une revue ouverte à tous ceux qui souhaitent raconter leur ville, ses quartiers, ses rues, sa vie quotidienne… Éditée par l’association Vinaigre. Règles du jeu : le texte devra décrire des scènes ou paysages réels et non inventées, des personnages anonymes sauf si cela est justifié dans la narration. 

http://www.ejic.com/atelier-ecriture.html

 

- Labo d’écriture : la maison de la FRANCITÉ.

Il s’agit d’un atelier interactif d’écriture créative. Il est placé sous le signe de l’autobiographie, ou plutôt de l’archéologie autobiographique.

Il s’agit de mettre au jour des éléments enfouis profondément, les épousseter, reconstituer ce moment d’histoire dont ils sont une trace. Il s’agit de prendre certaines précautions pour prévenir la méfiance mutuelle ou l’angoisse, éviter les blocages, les barrages, les trous de mémoire, mais aussi les épanchements sentimentaux et le chaos.

http://www.synec-doc.be/francite/at_ecr.htm

 

Défis - Lecture, Défis - Écriture

 

- Site du CRDP de Nantes

Défis axés sur la lecture et l’écriture. Développer la motivation, engager les élèves dans une dynamique de lecture individuelle et d’écriture collective par le biais d’un projet…

http://www.crdp.ac-grenoble.fr/defi/ (CRDP de Grenoble)

 

 

  • Critiques de livres 

 

- Site Multimania

Site proposant des résumés et critiques de livres réalisées par des élèves.

http://multimania.com/quoilire/  

http://www.ac-creteil.fr/Alinea/welcome.html 

(trouvé sur www.ac-reims.fr/ dispositif Académique, Académie de Reims)

 


 

 

ARTICLE : De la distance entre "je" et "il"  - Danielle Marty, écrivain, metteur en scène et formatrice (Paris)

 

 

Un site que je vous recommande plus particulièrement, il est alimenté toutes les semaines. Sa revue de présse est pertinente, n'hésitez pas à faire le détour, si vous souhaitez des informations dans le champ de l'éducation spécialisée.

CPC, le 01 mai 2012

http://www.educationspecialisee.fr/actualite.html

 

http://www.cemea.asso.fr/spip.php?article2870&var_recherche=de%20la%20distance%20netre%20%22je%22%20et%20%22il%22

 

 

 

 

 

De la distance entre "je" et "il"

 

Dossier Écrire à la première personne L’éducateur, comme le soignant et plus généralement le travailleur social, sont des praticiens. Même formés et expérimentés, ils agissent sans que leurs actes et a fortiori le résultat sur l’usager, soient connus d’avance. Comme le dit excellemment Danielle Marty ce sont des artistes de la relation. Comme les artistes, ils ont du mal à expliquer et à transmettre. Regarde ce que j’ai fait mais ne me demande pas pourquoi ! Il faut pourtant transmettre, communiquer, échanger, parfois se justifier. La parole peut y suffire dans les rapports de proximité. En confiance dans les réunions qui ne sont pas saturées de hiérarchie ou de dogmatisme, ou dans des dispositifs particuliers comme les supervisions, on s’explique, on argumente un peu. On essaie de se faire comprendre. On y arrive le plus souvent. Peut-on pour autant prendre du recul, communiquer à distance ? La parole n’y suffit pas. Il faut écrire : médium différent. Les difficultés commencent, souvent constatées par les témoins, collègues ou formateurs, et les interéssés eux-même. Écrire est difficile pour le praticien du social et du soin. VST peut en témoigner qui demande à ces praticiens : écrivez-nous ce que vous faites, ne laissez pas les autres - les savants - écrire à votre place. Nous publierons dans nos pages les praticables divers que vous avez inventé. Peu se manifestent spontanément ; il faut y aider, mettre en confiance, accompagner. Il faut se débarrasser de la peur des maladresses, de la « novlangue » administrative qui parle de « relationner » et de « protocoliser », du détour par la langue savante de l’universitaire. Comment raconter ce que l’on fait tout les jours ? En écrivant par exemple à la première personne. Étape nécessaire, risque assumé de mêler l’autre et soi, le patient et l’accompagnant dans l’écriture. Risque aussi bien de se réinventer une autobiographie professionnelle un peu enjolivée ou saturée des déceptions : fiction compensatoire. Cette fiction, comme tout récit de pratique, est pourtant nécessaire. Elle ordonne la pensée, se soumet à une syntaxe, échappe aux équivoques et aux connivences de la conversation, communique avec un absent : le lecteur. C’est un autre art. Ce dossier de VST en donne des exemples.

Serge Vallon

 

Où mettre à distance et s’impliquer personnellement sont les deux facettes paradoxales d’un même acte de création. Avant même de prendre la plume ou de taper sur le clavier, nous avons, à tout âge, une représentation de l’acte d’écrire qui va influer sur notre manière d’écrire.

L’opposition apparente entre écriture personnelle et écriture professionnelle Auteur dramatique, nouvelliste, comédienne et metteur en scène, j’anime depuis 17 ans des ateliers d’écriture auprès de publics en difficulté et depuis quelques années des sessions de formation auprès d’éducateurs spécialisés et de formateurs d’éducateurs. Au fil de ces stages, j’ai observé que la plupart du temps, les éducateurs opposent l’écriture personnelle et l’écriture professionnelle. La première est liée à des images d’ouverture - « écrire c’est offrir sa pensée à la perplexité du monde » - de voyage, de relations - « être en relation avec ceux qu’on aime et qui sont loin » - de sensations - « la peinture de mon monde intérieur » ; parfois aussi elle est liée au refus « d’entendre ses propres maux » ou aux frustrations que font renaître les souvenirs d’échecs scolaires. Quand il s’agit d’écrits professionnels, il semble que toute sensation corporelle disparaisse. Il s’agit alors de « penser avant d’écrire », de choisir les mots justes, de structurer ses idées, de faire attention à l’orthographe et surtout de se retrouver face à la censure et au jugement des autres. Comme si une coupure avait lieu entre le corps et l’esprit.

 

L’écriture impersonnelle À plusieurs reprises, j’ai eu l’occasion de contribuer à la mise en forme de rapports d’activité de directeurs d’établissements spécialisés. J’ai été frappée par plusieurs aspects. D’abord dans le domaine du vocabulaire, par l’abondance de termes génériques tels que « élaborer », de substantifs à la place de verbes - par exemple « on réalise des préconisations » au lieu de « on préconise » - et de mots techniques à la place de mots simples - on parle de « la prévalence du nombre de garçons par rapport aux filles », de « la différentiation sexuelle inégalitaire » pour dire que les garçons sont plus nombreux que les filles, ou bien des « problématiques personnelles » d’un jeune au lieu de « ses problèmes ». Ainsi, l’éducateur qui sait si bien établir un contact chaleureux par la parole, à travers les mots qu’il écrit, transforme peu à peu, sans s’en rendre compte, le sujet en objet ou en abstraction. Dans le domaine de la syntaxe, j’ai remarqué, que, au-delà des nombreuses répétitions, les juxtapositions sont beaucoup plus fréquentes que les coordinations et que les propositions subordonnées s’enchaînent parfois en cascade et mélangent les causes et les conséquences. Comme si l’auteur n’osait ni s’aventurer dans le choix d’une expression ni créer de hiérarchie entre les propositions, comme s’il voulait se rassurer, comme si la compréhension d’un phénomène résidait dans l’accumulation des données observées. Enfin, l’utilisation de périphrases impersonnelles au lieu du « nous » ou du « je » qui engage, renforce cette impression de mise à distance clinique - par exemple « la main levée de la mesure a été sollicitée, afin de ne pas rester témoins impuissants de dysfonctionnement familial » au lieu de « nous avons sollicité la main levée... »

 

Le corps et l’esprit ou l’illusion de l’objectivitéQuelles sont les croyances qui sous-tendent ces pratiques d’écriture ? Il me semble que la plus largement partagée réside dans l’illusion d’une vision « objective » de l’Autre. Or toute l’épistémologie contemporaine nous a confirmé que le monde extérieur n’existe pas indépendamment d’un observateur. Même si je transcris mot à mot les paroles d’une personne comme le veut la mode des récits de vie et des témoignages, je ne dirai rien des inflexions de sa voix, de son débit, de ses mimiques et de ses attitudes qui peuvent aller jusqu’à contredire ses paroles. Je cite souvent une interview de Jean-Louis Barrault que j’ai réalisée alors que j’étais étudiante à la Sorbonne. Nous étions assis presque côte à côte et son corps était complètement tourné vers sa secrétaire dont il suivait les faits et gestes. Il répondait à mes questions mais je sentais bien qu’il n’était pas vraiment avec moi. Brusquement, j’ai déplacé ma chaise et je l’ai plantée face à lui. Il a ri et notre conversation a pris un tout autre tour. Pour des éducateurs et des soignants qui sont des artistes de la relation, mes remarques précédentes peuvent sembler une évidence mais le fait est que cette évidence ne transparaît pas toujours dans leurs écrits. Pourtant, me semble-t-il, si je veux décrire le comportement de l’autre qui est en face de moi et tenter de m’approcher d’une vérité, je ne peux pas faire l’économie de prendre en compte ma manière de m’impliquer dans la relation et de noter mes propres sensations et émotions. Ce n’est pas seulement avec mon esprit que je perçois ce qu’il se passe, mais avec mon corps tout entier et aussi avec ma capacité à imaginer.

 

Réel et fiction, perception et imagination Quand on oppose écriture du réel et écriture de fiction, on méconnaît le fonctionnement de la perception et de l’imagination. À ce titre, il n’y a pas de différence d’essence entre les écrits littéraires et professionnels. Si l’auteur désire vraiment être compris (au sens étymologique de « prendre avec »), il doit commencer par intéresser, par « toucher » son lecteur, autrement dit s’il veut que son lecteur s’implique, il doit commencer par s’impliquer lui-même. Et comme dans la relation qui s’instaure entre le soignant et le soigné, il va tâtonner pour trouver la bonne distance entre « je » et « il ». En fait, il y a un double mouvement. Comment, par exemple, faire le portrait de Jean S. et le rendre présent au lecteur ? Plutôt que de décrire son comportement avec des termes généraux et une grille d’analyse préexistante - toute personne n’est-elle pas unique, tout « cas » n’est-il pas particulier ? - l’auteur-éducateur, peut relater des actes concrets et des paroles précises de Jean. Il devra alors tenter de « se mettre à la place » de Jean et faire appel à son imaginaire pour ressentir ce que ressent l’autre. Pas facile mais tellement riche d’enseignement ! Et son second mouvement sera de rapporter ses propres réactions dans la situation décrite. Encore une fois, c’est ce qu’il fait spontanément dans la relation directe. Je procède de la même manière quand j’écris une œuvre de fiction car l’imagination n’existe pas détachée du réel, elle est au contraire fondée sur une observation minutieuse du réel. Mais, me dites-vous, il y a une différence car l’auteur de fiction laisse le lecteur se forger sa propre opinion sur la situation, alors que l’auteur-éducateur va soumettre son analyse assortie de propositions d’actions. D’abord je répondrai que plus ce dernier sera proche d’un récit sensible, plus, me semble-t-il, la personne à laquelle s’adresse son rapport sera à même de se faire sa propre opinion et plus augmenteront les chances de trouver une solution appropriée aux problèmes de Jean. Je peux aussi prendre l’exemple d’un établissement où l’on me demande d’intervenir pour aider l’équipe éducative à construire et à écrire son projet : j’ai proposé de faire un détour par l’imaginaire en commençant par inventer un scénario catastrophe et un scénario idéal afin de permettre à celles et à ceux qui ne s’expriment pas habituellement, d’oser le faire à travers le jeu.

 

La distance nécessaire à tout acte de création Mais allons plus loin. Toute œuvre de création suppose que l’auteur soit capable de mettre à distance ses écrits pour pouvoir les malaxer, les sculpter, les couper-découper-recomposer, pour « voir » apparaître la structure et ainsi mieux « l’aggraver ». Autant d’opérations qui mobilisent aussi bien sa sensibilité que son esprit d’analyse. On est loin de « l’inspiration » romantique : encore une illusion qui alimente la dichotomie entre écrits littéraires et essais ou rapports. Dans les stages que j’anime, nous travaillons le processus de création, cette archéologie de l’acte d’écrire qui commence par le désir et la nécessité de laisser une trace physique, s’accomplit par le jeu (au sens de distance et d’expérience ludique) et par le don à l’autre (le lecteur). Que j’écrive une pièce à partir d’un personnage historique comme Janush Korczak 1 ou à partir de l’actualité comme je l’ai fait pendant des années à Rennes pour la compagnie Les Tréteaux de la Grappe, ou bien que je puise dans des expériences plus intimes comme dans mes nouvelles ou ma dernière pièce en cours, c’est le même processus qui est à l’œuvre. « Je est un autre », écrivait Martin Buber, et inversement si je peux dire l’autre, c’est que j’ai mis l’autre en moi. Pour pouvoir écrire, il faut qu’il y ait du « jeu », de la distance entre moi et moi, entre moi et toi. Si, par exemple, je veux écrire une scène de violence que j’ai subie, dont j’ai été témoin ou qu’on m’a rapportée, il va me falloir beaucoup de compréhension pour ne pas tomber dans la caricature du bourreau, pour contacter le bourreau qui est en moi comme en chacun de nous et le faire vivre sur la page. Ce qui est vrai pour la parole l’est encore plus pour l’écrit qui s’adresse à un absent. C’est pourquoi il y a loin du « premier jet » à l’œuvre achevée (sauf exception), il y a loin de l’expression à la création, il y a du temps, de l’espace et une quantité d’actions qui construisent ma relation au monde. La voilà la mystérieuse alchimie de la création : j’écris en m’impliquant au plus profond de moi-même et en même temps je regarde la matière écrite que je transforme. Ne sommes-nous pas au cœur de la relation éducative ? Là, l’auteur doit s’affronter au jugement qu’il porte sur son propre texte et, c’est bien connu, il n’y pas pire censeur que soi-même. Surtout s’il a mis « quelque chose » de lui-même. La panique qui s’empare de lui lorsqu’il doit livrer son œuvre aux autres prend racine dans son propre regard. C’est toujours une affaire de regard et de confiance en l’autre. L’éducateur ne peut-il pas accueillir sa production avec la même ouverture et la même compréhension des faiblesses de l’autre ? S’il a essayé de ne pas tricher, s’il a relaté un événement en prenant soin de montrer en quoi il s’agissait de son point de vue, et surtout s’il a cherché la forme pour le dire, il ne lui reste plus qu’à faire acte d’humilité et de confiance pour permettre au lecteur d’entrer en relation avec son texte. C’est ainsi, me semble-t-il, que les éducateurs et les soignants inventeront « un langage qui leur soit propre pour faire savoir ce qu’ils savent et savent faire » et « faire ressentir à leurs interlocuteurs la subtilité de la relation éducative », selon le souhait que Joseph Rouzel exprimait dans le dossier consacré aux pratiques d’écriture du numéro 68 de VST.

 

Danielle Marty, écrivain, metteur en scène et formatrice (Paris)

 

1. Danielle Marty, Je grandirai si je veux, pièce créée par le Théâtre du Fil en 1991, aide à l’écriture du ministère de la Culture.